Fort
de son ancrage dans l'esprit du temps, la 27ème édition du festival Tanz im August s'achève sur un
constat : outre l'accent mis sur le multiculturalisme et la pluralité formelle,
la programmation, sous la tutelle des directrices artistiques Annemie Vanackere
et Virve Sutinen, œuvre comme rarement à la visibilité des femmes
artistes.
Chroniques culturelles : musique, théâtre, danse, art, photographie, littérature... ou tenter de faire découvrir par l'écriture, ce que l'on a soi-même eu le plaisir de découvrir.
15 septembre 2015
03 septembre 2015
Soft virtuosity, still humid, on the edge & HENRI MICHAUX / MOUVEMENTS, spectacle de la Compagnie Marie Chouinard au festival Tanz im August à Berlin (pour Mouvement.net)
Temps
fort de la programmation du festival Tanz im August à Berlin, la Compagnie Marie Chouinard présente sa dernière
création intitulée Soft virtuosity, still
humid, on the edge, associée à la reprise du spectacle HENRI MICHAUX / MOUVEMENTS. À la faveur d'une
chorégraphie minutieusement stylisée, la chorégraphe canadienne crée des
univers esthétiques contrastés et tonitruants, au sein desquels les corps
dansants, cultivant tout aussi bien la frénésie que la lenteur et l'étrangeté, sont
en proie à une primitive extase. (Lire la suite sur Mouvement.net)
Nouvelle
création de la chorégraphe Marie Chouinard, Soft
virtuosity, still humid, on the edge a été créée en juin dernier au
Theaterhaus de Stuttgart lors du festival de danse COLOURS. Dans le cadre du
festival berlinois Tanz im August, le spectacle est programmé sur la scène de
la Haus der Berliner Festspiele. La scénographie toute en contraste forme comme
une grande boîte blanche à l'intérieur de laquelle se détachent les silhouettes
de dix danseurs, vêtus d'une combinaison moulante bleue. En fond
de scène sont projetées les vidéos conçues par la
chorégraphe elle-même. Son fidèle collaborateur, le compositeur de musique
électroacoustique Louis Dufort, crée des paysages sonores dont la dynamique
tonitruante, mêlant des sonorités métalliques, concrètes et électroniques, donne une impulsion
perpétuelle aux danseurs.
Structurée
en miroir, la chorégraphie est réglée dans les moindres détails. Ce cadrage
rigoureux et minimaliste ne laisse aucune place à l'improvisation. Le mouvement
géométrique des danseurs a des familiarités avec l'esthétique développée par
Anne Teresa de Keersmaeker, d'autant que le quadrillage en va-et-vient de
l'espace est sous-tendu par une musique répétitive. Le déroulement des
situations dans le temps trouve son équilibre, son unité et sa densité, entre
des allures amples et une extrême lenteur.
Au commencement,
un couple de femmes enlacées, accroupies sur un plateau tournant, évoque la
posture d'un Bouddha qui, souvent qualifié de « bienheureux », symbolise
l'éveil. Les mouvements amples des bras en ouverture/fermeture font songer à
ceux gracieux d'une raie manta, tandis que les visages, se distordant en grimaces
demeurées et en sourires béats, ont sciemment l'expression bienheureuse de certaines personnes
handicapées mentales. La captation vidéo en direct de cette chorégraphie, projetée de
manière démultipliée sur l'écran, forme une spirale triangulaire semblable à
une toupie. Un procédé qui, repris en son pendant masculin, clôturera la pièce.
Entre-temps,
un duo de danseurs flirte en maintenant une distance respective, un trio évolue
en allers et retours antagonistes, tirant leur T-shirt pour s'en faire une
cagoule. La cohésion des corps gesticulants et se déplaçant rigoureusement
ensemble forme un ballet grotesque qui ondoie comme une méduse. Tout aussi
fascinant est ce tableau de la troupe qui se meut latéralement avec une lenteur
appesantie, et dont l'effet suspensif est renforcé par un gros plan de la
caméra en cadrage serré et fixe sur les membres et les visages expressifs qu'on
voit défiler sur l'écran. Le même procédé, lorsque le groupe processionne vivement
en un mouvement rectangulaire concentrique, crée des lignes de circulation
perpendiculaires dans l'espace pour donner l'impression d'une multitude
envahissante. Le solo d'une danseuse en sous-vêtements qui interprète puissamment
des mouvements d'arts martiaux sera repris, celle-ci alors revêtue d'une
combinaison en voile bouffant, dans le final, avant que deux femmes
n'apparaissent, portant dans leur dos des pancartes en forme de mains et d'ailes
d'ange, pour conclure sur une note malicieusement incongrue. Cet univers
primitif et fantastique créé par Marie Chouinard, sous-tendu par des vagues
d'énergies et de pulsions extatiques et ravies, s'épanouit de manière
obsessive, tout en réservant son mystère.
Une
scénographie semblable avait été imaginée pour le spectacle HENRI MICHAUX : MOUVEMENTS, créé en
2011 au festival ImPulsTanz à Vienne, qui est repris ici en seconde partie de
programme : un plateau tel un espace-boîte blanc crème ; en
arrière-plan, un écran géant sur lequel sont projetées les pages tournées une à
une du livre Mouvements (1951) d'Henri
Michaux que la chorégraphe utilise comme une partition
chorégraphique. Réalisée à l'époque où le poète et
peintre surréaliste consommait de la mescaline et s'intéressait à la
calligraphie asiatique, cette œuvre comporte un poème et une série de dessins à l'encre
noire de chine, sortes de traces évoquant de petites figures.
À la manière d'un théâtre
d'ombres chinoises dont le principe serait inversé, Carol Prieur (danseuse
dédicataire de ce solo), en combinaison moulante noire, s'avance au centre de
la scène, jette un œil sur la première figure apparue, et tente de la
reproduire avec son corps, à la manière d'un théâtre d'ombres chinoises mais
dont le principe est inversé. Une musique trépidante, comme un roulement
infernal, stimule la danseuse qui s'agite avec nervosité, va et viens à pas de
course, cherche fébrilement la pose convenable, qu'à peine ébauchée il faut
défaire pour travailler à la figure suivante, en suivant le rythme imposé par
le défilement des pages et des figures. Un danseur prend la relève pour se
métamorphoser de la même manière en diverses créatures animales, lâchant au passage un
cri bestial. À l'apparition
d'une page blanche, la danseuse se glisse subitement sous le tapis de scène et,
recroquevillée et fébrile, déclame au micro le poème de Michaux d'une voix de possédée. Le nombre de danseurs s'accroît
concomitamment à mesure que les figures se multiplient, défilent et s'avancent
au centre pour performer en solo, comme lors d'une battle de danse. Les corps fins et élancés incarnent avec fièvre le
trait de l'idiome qui tente de « saisir plus, saisir mieux, saisir
autrement, et les êtres et les choses, pas avec des mots (...), mais avec des
signes graphiques »*. Si Henri Michaux, dont le corps paresseux restait
étendu sur un lit des heures durant alors qu'il créait, voyait en eux des
libérateurs, Marie Chouinard interprète ces signes graphiques en libérant littéralement
toutes les énergies explosives contenues, les pulsions animales qui écartèlent
ce corps désirant. Ce bestiaire mouvementé se conclut en effet sur une
bacchanale infernale où, la scène plongée dans l'obscurité, les corps aux torses
nus et muscles saillants dansent en rondes virevoltantes, sous le crépitement de
flashs féériques.
Fresques
sculpturales mouvementées, défilés d'images primitives à l'aura merveilleuse,
corps extatiques, insondable mystère... Marie Chouinard telle une shaman emmène
sa compagnie de danseurs au plus haut degré d'une belle et fascinante orgie chorégraphique.
*
Henri Michaux, Saisir, Fata Morgana,
1971
Représentation
du 19 août 2015 à la Haus der Berliner Festspiele, dans le cadre du festival
Tanz im August à Berlin.
Version intégrale de la critique publiée sur le site de la revue Mouvement : lire en ligne.
Crédits photographiques © Sylvie-Ann Paré et Nicolas Ruel.
Version intégrale de la critique publiée sur le site de la revue Mouvement : lire en ligne.
Crédits photographiques © Sylvie-Ann Paré et Nicolas Ruel.
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25 août 2015
Host, une performance d'Eisa Jocson au festival Tanz im August à Berlin
Après Macho Dancer en 2013, le festival Tanz im August à Berlin programme de
nouveau un spectacle de la danseuse Eisa Jocson. Son solo Host met en scène des hôtesses émigrées philippines qui travaillent
dans des clubs de divertissement au Japon, en cultivant certaines formes stéréotypées
de féminité. De la figure de la Geisha à la danseuse transgenre, les
métamorphoses du corps témoignent d'une forme d'instrumentalisation de
l'érotisme œuvrant dans une structure de pouvoirs genrés et sociopolitiques :
séduire, soit s'offrir et se vendre pour répondre à la demande du désir masculin
dominant.
Danseuse
et chorégraphe originaire des Philippines, Eisa Jocson a fait ses premières
armes dans le ballet avant de se tourner vers la pole dance. Son travail sur la
déconstruction des codes et stéréotypes du corps dansant, qui opèrent dans l'industrie
de service asiatique, a donné naissance à deux précédents spectacles intitulés Death of the Pole Dancer et Macho Dancer. Ce dernier avait été programmé en 2013 lors des festivals ImPulsTanz à Vienne et Tanz im August à Berlin. Elle est réinvitée
cette année à se produire sur la scène des Sophiensæle dans son dernier solo
intitulé Host, où la danseuse se met
en scène dans le rôle que jouent les hôtesses
émigrantes originaires des Philippines — femmes et
transgenres — dans des clubs de divertissement japonais.
Campée
sur un podium au revêtement argenté, qui s'avance au devant d'une scène
surélevée et agrémentée de projecteurs, Eisa Jocson attend que les spectateurs
prennent place de part et d'autre de la scène, tout comme dans un club de
divertissement. Vêtue d'un somptueux kimono rouge pailleté, maniant
gracieusement éventail et ombrelle, elle incarne la Geisha, celle qui, selon
l'art traditionnel japonais, offre ses services raffinés pour le plaisir d'une
clientèle aisée. Les paroles (« Mon Amour ») d'une chanson pop
sirupeuse accompagnent sa prestation sensuelle, pudique et tendre, tout en
teintant l'atmosphère d'une rêverie juvénile. Quand soudain, au détour d'un jeu
de passe-passe, elle revêt un masque de diable au sourire lubrique. Cet
événement qui jette une ombre grinçante sur la pureté du tableau va déclencher
une série de stripteases et de travestissements. Incarnation de la tentation
démoniaque, la danseuse n'aurait-elle pas en fait vendu son âme au diable ?
En
tunique légère, la courtisane évolue avec lenteur aux sons d'une musique
traditionnelle asiatique. Les mouvements sont contraints, le buste raide et les
jambes arquées, selon le carcan des convenances cérémonieuses du genre. Les
boucles de la ceinture de soie délicatement dénouées, la robe tombe sur un
silence suspensif. Sous le feu rougeoyant des projecteurs qui ondoient sur une
musique techno apparaît désormais une créature sauvageonne en corset et bottes
de cuir, qui enfourche une chaise, aguiche le public du regard ou claque les
talons. Elle a l'audace effrontée d'une stripteaseuse, la puissance provocante et
athlétique d'un transsexuel. Un nouvel effeuillage dans la pénombre
silencieuse, et la voici en sous-vêtements. Venue se poster en équilibre au
bord du catwalk, un pied dans le
vide, elle est alors comme au bord du gouffre. S'ensuit une chorégraphie faite
de lentes contorsions du corps et de courbes dessinées de ses longs doigts
pointés. La prestation est aussi fascinante qu'oppressante par sa rigueur.
Tandis que les faisceaux lumineux d'une boule à facettes plongent la salle dans
une sensation vertigineuse, elle rampe à reculons sur le sol pour venir se camper
face au public, la jambe en l'air dévoilant l'entrecuisses. Sa main se dirige
alors avec une lenteur pénétrante pour venir cacher son sexe. Ainsi demeure-t-elle
figée, bouche ouverte, comme sous la torpeur d'une pénétration contrainte, une image
forte qui signifie tout le caractère obscène de son activité. Mais, comme si le
spectacle devait malgré tout se poursuivre, elle s'extirpe de sa torpeur pour entamer
un dernier karaoké sur une chanson mièvre dont les paroles « I Want Nobody
As You » disent le dénigrement dont elle est l'objet. Jouer le rôle dévoué
à la féminité accule finalement l'individu à n'être qu'un paria.
Eisa
Jocson, en incarnant le rôle de la femme philippine au sein de l'industrie de
divertissement japonaise, donne à voir un corps dansant réduit à une
marchandise sexuelle. En interprétant les figures de la Geisha, de la danseuse
de pole dance, de la transsexuelle ou de la courtisane, elle déploie toutes les
facettes de l'érotisme, du raffinement à l'obscénité, de la provocation au
glamour. Sous toutes ses formes, la séduction n'est qu'une réponse aux
projections du désir masculin sur le corps de la femme, à la demande de la
classe dominante. En cela le spectacle Host
représente une structure de pouvoirs où s'imbriquent des rapports économiques,
sociologiques, géopolitiques et de genre. La quête de reconnaissance sociale
pour la femme émigrée auprès d'une clientèle aisée, passant par la pratique de disciplines
artistiques érotiques traditionnelles ou modernes, se renverse en dénigrement
et en marginalisation. Au fil des métamorphoses du corps, ce rêve qui vire au
cauchemar, cet avilissement de la femme et de l'individu, laisse un sentiment
de profonde tristesse, à la mesure de l'émouvante finesse de la performance d'Eisa
Jocson.
Représentation
du 15 août 2015 aux Sophiensæle à Berlin, dans le cadre du festival Tanz im August.
Crédit
photographique © Andrea Sendermann.
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24 juillet 2015
„Im Kampf zwischen Dir und der Welt sekundiere der Welt“, une exposition d'Emmanuel Bornstein à la galerie Crone à Berlin.
La
galerie Crone à Berlin présente l'exposition „Im Kampf zwischen Dir und der
Welt sekundiere der Welt“ de l'artiste français Emmanuel Bornstein, dont la
peinture expressionniste livre une interprétation picturale d'un rapport au
monde inspiré de la littérature kafkaïenne.
Le
peintre français Emmanuel Bornstein puise sa source d'inspiration dans la
littérature, un processus créatif qui porte la trace de ses origines
familiales, puisqu'il est né d'un père dramaturge et d'une mère directrice de
théâtre. L'exposition qu'il présente à la galerie Crone à Berlin, intitulée „Im
Kampf zwischen Dir und der Welt sekundiere der Welt“¹, tire son titre des Aphorismes de Zürau (1918) de Franz
Kafka, baptisés par Max Brod « Considérations sur le péché, la souffrance,
l'espoir et le vrai chemin ». Les vingt-deux huiles sur toile, grands
formats et petits portraits, sont qui plus est mis en regard du manuscrit
„Brief an den Vater“² de Kafka, dans laquelle l'écrivain tchèque exprime combien
le sentiment d'infériorité, la culpabilité et l'anxiété qui le rongent, sont la
marque indélébile laissée par une relation avec un père dominant et tyrannique sur
son psychisme.
Les quatre
grands formats intitulés K. représentent
une confrontation entre deux personnages mise en scène dans un tunnel. L'un
poursuit et bât l'autre tombé à genoux, ou le maintient à terre dans une
position qui suggère une sodomie. Les visages aux traits défigurés par
d'épaisses couches de peinture à l'huile expriment toute une palette d'émotions
allant de la froideur à la hargne du côté du protagoniste dominateur, de l'angoisse
à l'effroi pour celui soumis qui demeure pétrifié. Les nuances de gris, jaune
d'œuf ou verdâtre, teintent les tableaux d'une atmosphère miasmatique. Les
couleurs vibrantes autant que l'allure des protagonistes créent une peinture
mouvementée, tandis que l'atténuation du caractère cru de ces scènes conflictuelles
et violentes, par la grossièreté du trait brossé formant des zones nébuleuses, en
renforce d'autant plus la puissance suggestive.
Trois
autres grands formats portant les titres The
Tunnel et The Kiss reprennent ce même
motif du tunnel servant de décor, sans doute inspiré du récit Le Terrier („Der Bau“) de Franz Kafka.
Dans ce conte écrit à Berlin en 1923, une créature mi-bête mi-humaine construit
des couloirs souterrains tel un labyrinthe, soit la demeure idéale sensée le
protéger d'ennemis invisibles. Les tunnels d'Emmanuel Bornstein ouvrent là une
perspective donnant sur une obscure maison de plain-pied située en
arrière-plan, sorte d'allusion à une maison familiale génératrice d'angoisses.
Au premier-plan, comme emportés dans une spirale infernale, des corps
tourbillonnent, fuient au pas de course, ou se masturbent, tandis que des corps
démembrés et des visages agonisant gisent au sol. Deux créatures s'étreignent
et s'embrassent (The Kiss), en un
acte rédempteur, sous le regard ambigu, inquisiteur ou épieur, d'une figure qu'on
suppose personnifier celle du père. Du fait du dialogue instauré par le
manuscrit, les tableaux sonnent comme une représentation de la
Exposée
de manière intercalée entre ces grands formats, la série de quatorze petits
portraits intitulée Another Heavenly Day
fait référence au titre de la pièce de théâtre Oh les beaux jours de Samuel Beckett, un intitulé qui, par le
contraste avec l'œuvre, procède de la
même ironie. Les physionomies austères évoquent
des personnalités plus ou moins identifiables (s'agirait-il par exemple de
Kafka, Tolstoï ou Prokofiev ?), ou font échos aux figures kafkaïennes des
précédents tableaux. Le cadrage serré, comme le soliloque chez Beckett, emprisonne
le personnage dans son isolement. La défiguration des visages, par le même
procédé stylistique que décrit précédemment, accentue un caractère cruel ou
dissout un faciès. Soit les stigmates d'une histoire rendant l'oubli
impossible.
Enfin
Emmanuel Bornstein se met lui-même en scène dans deux Selfportraits as Garschin, du nom du nouvelliste russe Vsevolod
Mikhaïlovitch Garschin (1855-1888), dont l'œuvre empreinte d'une sensibilité
morbide est notamment peuplée d'aliénés défiants le Mal dans le monde. La
silhouette difforme, le visage borgne et la gueule simiesque trahissent
l'étrange ressemblance entre l'écrivain et le peintre, dont l'autoportrait grotesque
sonne comme l'antithèse d'une beauté idéale.
Si,
selon Kafka, « Le regard ne s'empare pas des images, ce sont elles qui
s'emparent du regard. Elles inondent la conscience », alors la peinture
expressionniste d'Emmanuel Bornstein, toute en déformation et monstruosité, reflète
une conscience traumatisée par la violence des événements perpétuels qui hante
le sujet, induisant angoisse et assujettissement dans son rapport au monde.
Exposition
du 27 juin au 12 septembre 2015 à la galerie Crone à Berlin.
Emmanuel Bornstein, né en 1986 à Toulouse, France, vit et travaille à Berlin, Allemagne.
Crédit
images © Emmanuel Bornstein.
¹ Dans le combat entre Toi et le Monde,
seconde le monde.
² Lettre au père.
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14 juillet 2015
Critiques publiées sur le site Paris-art.com.
Robert Wilson - Living Rooms, au musée du Louvre à Paris :
« Robert Wilson met en scène son
univers artistique au musée du Louvre. L'exposition «Living Rooms» présente une
collection d'objets dont il s'inspire et les Videos Portraits métamorphosent de célèbres tableaux. Au fil du
parcours, les résonnances mettent en lumière un inextricable lien entre art et
sacrifice, entre création et catharsis. »
Lire la suite sur paris-art.com...
Géraud Soulhiol - La
Vue, à la galerie 22,48m² à Paris :
« Géraud Soulhiol travaille sur la
représentation de paysages, qu'il crée non pas directement à partir du réel
mais d'après d'autres œuvres. Pour l'exposition «La Vue», il s'est inspiré d'un
poème de Raymond Roussel et d'images de Google Earth. Avec un point de vue
aérien, il agence des territoires imaginaires qui provoquent un renversement du
sublime. » Lire la suite sur paris-art.com...
Eberhard
Havekost - La fin et le lever du jour, à la galerie Hussenot à Paris :
« À partir d'images originales auxquelles il fait subir un processus d'altérations successives, l'artiste
berlinois Eberhard Havekost s'attache à représenter un réel simplifié. Les
peintures de l'exposition La fin et le
lever du jour sont à l'image de notre perception. Ces abstractions de la
réalité en retiennent la banalité ou l'harmonieuse beauté. » Lire la suite
sur paris-art.com...
Giulia Andreani, Morgane
Denzler - Silent Faces, à la galerie 22,48m² à Paris :
« L'exposition «Silent Faces» organisée
par Julie Crenn réunit cinq artistes qui créent à partir d'archives
personnelles ou historiques. Se réapproprier l'archive afin de produire une
œuvre nouvelle dans une perspective esthétique, critique ou expérimentale,
c'est faire acte de création qui réactive la mémoire, lutte contre l'oubli et
interroge l'Histoire. » Lire la suite sur paris-art.com...
Joel
Shapiro - Joel Shapiro, au Musée d'Art moderne de Saint-Étienne :
« Grandes sculptures s'élevant dans
l'espace ou petites constructions architecturales dispatchées au sol, les
œuvres de Joel Shapiro s'opposent par leur aspect. Articulation de formes géométriques,
ou association de modèles conceptuels et artisanaux, réalisent néanmoins un
équilibre entre abstraction et figuration, entre froideur et émotion. »
Lire la suite sur paris-art.com...
Peter
Halley - Peter Halley, au Musée d'Art moderne de Saint-Étienne :
« Dans le cadre du mouvement «Neo Geo»,
l'Américain Peter Halley développe un langage géométrique. Son travail sur une
série de motifs évoquant la prison et la cellule évoque l'organisation de
l'espace social contemporain, soumis à une géométrisation croissante
particulièrement sclérosante pour les vies et la pensée. » Lire la suite
sur paris-art.com...
Boris
Santamaria - Paños. Prison Break, , à la galerie Christian Berst Art brut à
Paris :
« L'exposition «Paños. Prison Break»
présente des illustrations réalisées sur des mouchoirs par des prisonniers
latinos incarcérés à Los Angeles. Telles des missives, ces paños permettent aux
prisonniers de communiquer avec leur famille. Stylisés comme des tatouages, ce
sont aussi des supports d'expression artistique où les fantasmes rencontrent la
culture populaire. »
Lire la suite sur paris-art.com...
James
Edward Deeds - The Electric Pencil, à la galerie Christian Berst Art brut à
Paris :
« Pensionnaire d'un asile
psychiatrique, et traité aux électrochocs, James Edward Deeds laisse un carnet
de dessins pour la première fois exposé en France: The Electric Pencil. Des
portraits et paysages émane une étonnante douceur aux antipodes de la réalité
du milieu hospitalier, où l'art semble être un vrai remède spirituel. »
Lire la suite sur paris-art.com...
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05 mai 2015
Innocence de Dea Loher à la Comédie Française : Interview du traducteur Laurent Muhleisen pour le magazine l'Allemagne et la France du Goethe-Institut. (article bilingue)
Traduire Dea Loher, ou « chaque silence doit être
entendu. »
Traducteur de Dea Loher et conseiller littéraire de la
Comédie-Française, Laurent Muhleisen livre un éclairage sur le théâtre de la
dramaturge allemande et sur Innocence qui,
entrée au répertoire du Français, se joue salle Richelieu.
Je me souviens de la lecture de « Voleurs » de Dea Loher dans le cadre
du Bureau des lecteurs de la Comédie-Française, qui avait obtenu en 2013 le «
Coup de cœur » des Spectateurs engagés. Cependant, tous les auteurs primés par
ce cycle de lecture d’auteurs contemporains n’ont pas été mis en scène salle
Richelieu, comme c’est le cas aujourd’hui avec la création française d' «
Innocence ».
Monsieur Muhleisen, en quoi l’œuvre de Dea Loher s’est-elle révélée
remarquable et mérite cette distinction ?
(Lire
la suite... Magazine l'Allemagne et la France du Goethe-Institut à Paris)
Dea Loher übersetzen, oder: „Jede Stille muss man hören
können.“
Laurent Muhleisen,
literarischer Berater der Comédie-Française und französischer Übersetzer von
Dea Loher, über das Theater der deutschen Dramatikerin und ihr Stück
„Unschuld“, das in der Pariser Salle Richelieu aufgeführt wird.
Herr Muhleisen, 2013 erhielt Dea Loher für ihr Stück „Diebe“ den
Publikumspreis des Bureau des Lecteurs der Comédie-Française. Doch nicht alle
ausgezeichneten Autoren ehrt man anschließend mit einer Aufführung in der Salle
Richelieu... Was macht das Theater von Dea Loher so besonders? (... im Magazin Deutschland und Frankreich des Goethe-Instituts weiterlesen)
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14 avril 2015
Ponte City, une exposition de Mikhael Subotzky et Patrick Waterhouse à la galerie LE BAL à Paris
Ponte City à Johannesburg, la tour la plus
haute d'Afrique, est l'objet d'un reportage photographique et journalistique
présenté sous la forme d'une exposition. Croisant les points de vue, Mikhael
Subotzky et Patrick Waterhouse révèlent combien Ponte City symbolise les
mutations de la société sud-africaine depuis les années 1970, entre démesure et
décadence.
L'exposition Ponte City traite du projet architectural le plus ambitieux mené en
Afrique : la tour Ponte City Apartments, située à Johannesburg. Elle
retrace l'histoire de ce gratte-ciel grâce à des documents exhaustifs mis en
regard d'un portrait photographique du bâtiment et de ses résidents récents. Archives,
plans, articles de presse, textes extraits de livres de Melinda Silverman ou
Lindsay Bremner, photographies de Mikhael Subotzky et Patrick Waterhouse, multiplient
les points de vue sur le projet. Sa vocation première, entre utopie et
démesure, se dévoya au fil de l'évolution sociopolitique que connut l'Afrique
du Sud depuis près d'un demi-siècle.
Ponte City est issue d'un projet né à la fin
des années 1960, à l'époque de la politique de l'apartheid qui perdurera
jusqu'en 1991. Implantée au cœur des quartiers blancs et à la mode de Berea, Hillbrow
et Yeoville, cette tour de 173 mètres de hauteur comportant 54 étages surplombe
Johannesburg, la métropole la plus riche d'Afrique du Sud. Ce complexe
résidentiel et commerçant était destiné aux classes moyennes blanches, à une
période où l'on avait foi en une croissance inébranlable. Inauguré en 1971, le
pénible chantier s'achève en 1976, soit l'année des émeutes de Soweto qui
opposa adolescents et étudiants noirs aux forces de police. La Constitution de
l'Afrique du Sud, promulguée par Nelson Mandela en 1996, et l'instauration
d'une démocratie, provoquent la fuite des blancs dans les quartiers nord et la périclitation
de cette zone, laissée à l'abandon. En 2007, un nouveau chantier est mis en
œuvre après le rachat de la tour par des investisseurs immobiliers, induisant
l'éviction des habitants. Le projet de reportage photographique de Mikhael
Subotzky et Patrick Waterhouse, commencé en 2008, fut mené durant ces travaux,
alors que nombres d'appartements avaient été vandalisés, certains cependant
encore occupés par d'ultimes résidents.
Sur les murs de la galerie, les
photographies de Mikhael Subotzky et Patrick Waterhouse encadrent des photographies,
dessins et articles de presse en grands formats, où se superposent à ceux-ci. Ce
mode d'affichage met en évidence le contraste entre passé et présent, entre
l'aspect utopique et démesuré du projet et la réalité actuelle. Les prises de
vues constituent un panorama rigoureux de la tour, formant une véritable
cartographie. Des documents textuels particulièrement instructifs sont mis à la
disposition du public, disposés métaphoriquement comme trois petites tours
constituées par des blocs de feuilles posés sur le sol.
Trois grandes photographies noir et blanc
prises lors du chantier initial sont présentées sur un premier mur:
échafaudages, superstructures métalliques et installations électriques donnent
la mesure de cette entreprise titanesque. Une vue de la tour érigée révèle
combien ce cylindre en béton strié de fenêtres est sans commune mesure avec les
bâtiments alentours. Titrée « African Queen », cette photographie
affichée sur un fond léopard accentue par contraste l'austérité de son aspect,
à mille lieux de la tour idéale préalablement rêvée. Pendant à l'iconographie,
l'extrait d'Un agent géologique de
Lindsay Bremner informe sur les matériaux en provenance de carrières de la
région et les implications socio-économiques de l'entreprise. Les photographies
de Subotzky et Waterhouse mises en regard donnent à voir les parties communes
du bâtiment en leur état actuel, visibles au travers des fenêtres extérieures.
Derrière apparaissent des résidents de passage, quelques familles, une mère
portant son enfant sur le dos, souvent de jeunes hommes noirs fumant seuls une
cigarette. Des déchets jonchent les rebords des fenêtres, comme une évocation
des ordures qui se sont amoncelées dans le vide central au fil des années. Des
clichés nocturnes, à l'effet flouté, de silhouettes furtives et de chats
errants, donnent une touche plus poétique à ce tableau général morne.
Sur un second mur, un article de Tanja
Glavovic illustre des photographies de portes du bâtiment. «Live in Ponte and never go out» livre
une description précise de ce projet de «shopping complex included a flat
project». Véritable cité autonome aux proportions gigantesques, Ponte City
devait offrir toutes les commodités pour vivre en autarcie. Soit l'utopie d'une
Babylone moderne basée sur le consumérisme, ou la promesse d'une vie qui semble
somme toute effrayante. Les photographies attenantes constituent un répertoire
des éléments architecturaux respectant la structure du bâtiment. Les portes d'ascenseurs
et de couloirs sont vues depuis les parties communes, celles des appartements s'ouvrent
sur les espaces privés, cuisines et salons sinon vides, du moins précairement
meublés. Cette série constitue également un portrait de résidents accueillants
les intéressés avec un visage souvent avenant. Le lieu, avec ses innombrables
grilles et couloirs, semble à l'image d'un univers carcéral.
Mur suivant, un plan des étages 41 à 46
commenté par le texte de Melinda Silverman explique comment les architectes
destinaient chaque type d'espace à une catégorie de population
particulière : la garçonnière de luxe était destinée à l'individu
célibataire de sexe masculin, les triplex «Palazzo-en-Paradiso» avec terrasse
sont agencés en alternance des chambres de domestiques Bantu... Intitulé «Ni voir ni être vu», l'article démontre
à quel point le projet était pensé selon une logique de ségrégation écœurante. Les
photographies correspondantes représentent les fenêtres de la tour, prises depuis
l'intérieur des appartements : le panorama de Johannesburg à l'urbanisme
terne et sans attrait, des vitres crasseuses souillées par la pollution, des
silhouettes d'habitants à contre-jour, posant seuls devant des rideaux clos...
Une dernière série de portraits en gros plan dresse un tableau général de la
population vivant désormais dans la tour : une population noire, de classe
modeste, ayant entre 15 et 45 ans environ. Parmi tous les individus représentés
dans l'exposition ne figure aucune personne âgée. Est-ce là le signe d'une
espérance de vie particulièrement courte à Ponte City, davantage encore que
dans la société sud-africaine?
La structure du parcours de l'exposition Ponte City de Mikhael Subotzky et
Patrick Waterhouse suit le point de vue du photographe qui visite la tour
rigoureusement, de l'extérieur vers l'intérieur. Ce reportage photographique
illustré de documents pertinents apportent ainsi des éclairages sur les aspects
architecturaux, économiques, sociologiques, politiques et historiques. Édifiée
autour d'un chantier démesuré, Ponte City se dresse telle une Babylone moderne:
un symbole de l'hybris et de la
décadence humaines.
Exposition à la galerie LE BAL à Paris du 23
janvier au 20 avril 2014.
Crédits photographiques © Mikhael Subotzky
and Patrick Waterhouse, Ponte City
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30 mars 2015
Couverture du festival Tanztage Berlin aux Sophiensæle pour Ballroom Revue.
Le festival Tanztage Berlin 2015 présente aux Sophiensæle de jeunes chorégraphes représentant la relève de la scène berlinoise, marquée par son cosmopolitisme et sa fertilité artistique.
Palais idéal de Horwitz & Hess :
« Une épaisse brume luminescente et violacée emplit la Festsaal. Les spectateurs prennent place dans un lieu indéterminé, une atmosphère dense et silencieuse. Des frottements précèdent l’apparition de formes diffuses, ombres de corps et d’objets. Peu à peu se dessinent deux silhouettes féminines… » ... Lire la suite sur le site Ballroom-revue.net.
« Los Angeles de l’Australienne Noha Ramadan met en scène une divagation mythologico-fantastique dans une atmosphère de science-fiction… »
« Performance iconoclaste, Flaming Lamborghini reflète l’ouverture d’esprit et l’audace de la programmation… » Lire la suite.
Sorrow Swag de Ligia Lewis, Feeling Real d'Alexander Baczynski-Jenkins, An Organizational Study, That's My Work de Cécile Bally :
« Dans Feeling Real d’Alexander Baczynski-Jenkins, trois performeurs issus de la scène clubbing queer de l’Est londonien s’aventurent à de multiples démonstrations… »
« Avec Sorrow Swag, adaptation de l’Antigone de Jean Anouilh et du Not I de Samuel Beckett, l’Américaine Ligia Lewis développe un principe chorégraphique basé sur la personnification… »
« La Française Cécille Bally est l’une des rares chorégraphes du festival à ne pas se nourrir de cultures populaires. Son projet An Organizational Study, That’s My Work consiste à incarner son travail universitaire de recherche sur le processus créatif… » Lire la suite.
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24 novembre 2014
Durch Gärten, une performance musicale et chorégraphique d'Oxana Chi et l'ensemble Xinren, à l'Hoftheater Kreuzberg de Berlin
Oxana Chi fait revivre la figure de Tatjana
Barbakoff, danseuse renommée dans le Berlin des années 1920 et le Paris des
années 1930, disparue dans l'enfer des camps d'Auschwitz, le temps d'un
spectacle intitulé Durch Gärten. Danses
en costumes asiatiques, atmosphères musicales contemplatives ou obsédantes, images
saisissantes, tissent une chorégraphie architecturée autour d'un fil narratif et
de projections imaginaires évoquant une histoire mouvementée.
Hommage à la danseuse Tatjana Barbakoff, le
spectacle Durch Gärten est introduit
par Layla Zami, qui lit la biographie d'une artiste réputée en son temps, et
oubliée par l'histoire. Née le 15 août 1899 à Liepaja (Lettonie) d'un père juif
russe et d'une mère chinoise, la danseuse Tatjana Barbakoff s'installe en
Allemagne, à Düsseldorf puis à Berlin, où elle remporte autant de succès sur
scène qu'auprès des cercles d'artistes qu'elle fréquente. En 1933, elle fuit l'Allemagne
nazie pour se réfugier à Paris où elle retient également l'attention du public.
Durant la guerre doit-elle vivre cachée, mais, arrêtée par la Gestapo en
janvier 1944 et déportée à Auschwitz, elle sera aussitôt gazée le 6 février
1944. Une Stolperstein en la mémoire
de Tatjana Barbakoff est désormais encastrée dans le trottoir face au n°100 de
la Knesebeckstraße à Berlin-Charlottenburg. Le souvenir de cette muse demeure
également dans les nombreux portraits et photographies que lui ont consacrés
des artistes tels que Gert H. Wollheim, Kasia von Szarduska, Sasha Stone ou
Hans Robertson. De formation classique, cette danseuse développa son propre
style nourri de son imaginaire. Ses représentations scéniques marquaient tout
autant les esprits par sa manière de danser que par ses décors et ses costumes exotiques.
Des costumes qui, comme elle appréciait à le dire en allusion à ces tissus
rapportés de Chine par sa mère, l'avaient durant l'enfance « amenée à la
danse »*. Elle aimait à jouer avec eux en cherchant des mouvements qui
leur conviennent. C'est ainsi en premier lieu par ce biais qu'Oxana Chi ravive
la figure de la muse oubliée dans son spectacle intitulé Durch Gärten (« À travers les jardins »), du nom de la
danse favorite que Tatjana Barbakoff dansait sur une musique de Béla Bartók, en
costume chinois rouge.
Un corps gît sur la scène, drapé dans un
tissu rouge carmin — la danseuse revêtira tour à tour de fins costumes et robes
bleus, verts ou dorés... Une guitare imite un battement de cœur qui s'amplifie
et initie le mouvement spasmodique du corps, avant qu'il ne jaillisse du tissu
à visage découvert, bras tendus vers le ciel. Cette belle image de la gestation
constitue le premier tableau d'un spectacle en quatre scènes : Naissance,
Fête, Résistance et Nouvelle Lune, telles des projections imaginaires de la vie
et de l'art de Tatjana Barbakoff. Des vidéos scandent également
l'ensemble — théâtre d'ombres chinoises, de marionnettes et de figurines
égyptiennes, portraits et photographies de l'artiste en son temps, vues de danseurs
et de temples asiatiques.
La composition musicale signée Laszlo
Moldvai suit harmonieusement l'évolution des différentes séquences, variant les
atmosphères de styles musicaux éclectiques, d'intensités et de modes de jeu divers.
Un chant contemplatif d'inspiration orientale à la flûte en bois ou au violoncelle,
une valse jazzy bercée de tendres pizzicati, des arpèges obsédants de guitare électroacoustique
qui virevoltent jusqu'à un climax, soudain un long silence... la symbiose entre
musiciens et danseuse est totale.
Oxana Chi s'inspire principalement de styles
de danses orientales, sans exclure les petits pas et arabesques issus du ballet
moderne. Les bras dessinent lentement des courbes javanaises. Visage stoïque, elle
imite admirablement la démarche d'un pantin, reproduisant à chaque pas l'oscillation
précaire des articulations et des membres avant que le corps ne trouve son
équilibre. Aux sonorités ponticello du
violoncelle qui plongent l'atmosphère dans une tonalité inquiétante, le visage
se crispe et se fige, dans une expression d'effarement. En tenue de combat, la
danseuse entame une lutte, distribuant coups de pied et du plat de la main dans
le vide, à la manière des arts martiaux. Quand soudain, après que le corps au
sol eût été pris de convulsions, le cri !... muet, demeurant sans écho. Le
spectacle pourrait se conclure sur cette image bouleversante qui nous évoque l'angoisse
des camps, la mort, puis l'oubli. Cependant, la danseuse recueillera dans ses
mains quelque chose de précieux, comme un oiseau qu'elle aiderait ensuite à
prendre son envol. Un retour à la vie, un appel à l'espoir. Ou la régénérescence
des énergies intérieures à la Nouvelle Lune. Aussi la présence d'Oxana Chi sur
la scène se fait-elle tantôt massive et compacte, presque tellurique, toute en
maîtrise de l'énergie intérieure et du mouvement dans la lenteur, tantôt fluide
et aérienne, lors d'un gracieux instant.
Représentation du 7 novembre à l'Hoftheater Kreuzberg à Berlin.
Oxana Chi (danse et chorégraphie), Hannes
Buder (E-Guitare), Nikolaus & Umbra (violoncelle), Layla Zami (saxophone,
chalumeau).
*D'après les propos de Tatjana Barbakoff rapportés
dans une interview de Lou Straus-Ernst, parue dans le journal Die Weltwoche (Zurich, 25 janvier 1934).
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13 novembre 2014
Mein Kamerad — Die Diva. Theater an der Front und in Gefangenenlagern des Ersten Weltkriegs, une exposition du Schwules Museum à Berlin
Einleitung auf Deutsch:
Das Schwule Museum präsentiert eine erstaunliche Ausstellung mit dem Titel
,Mein Kamerad — Die Diva. Theater an der Front und in Gefangenenlagern des Ersten
Weltkriegs'. Es geht darin nicht nur um die Figur des Damendarstellers, sondern
auch um das Theaterschaffen im Heer während des Krieges. Soldaten und Gefangene,
die schon vor dem Krieg Schauspieler waren, mussten weiter spielen. Sie bauten
Bühnen, sie schneiderten Kostüme, sie schminkten sich so gut, wie es die
wenigen Mittel erlaubten. Dann spielten sie Maskeraden, Komödien, und auch
große Dramen.
In dieser reinen Männergesellschaft travestierten sich die Soldaten, um die
Frauenrollen zu interpretieren, sowohl Homosexuelle als auch Heterosexuelle. Trotz
ihrer Weiblichkeit wurden die Damenimitatoren nicht nur geduldet, sondern auch
verehrt. Unter ihnen waren so berühmte Schauspieler, wie Erwin Piscator oder W.
G. Pabst.
In den Gefangenenlagern gaben es Theateraufführungen, aber auch die
Gestaltung schöner Plakate, die Veröffentlichung von Programmen, und Zeitungen
mit detaillierten Kritiken.
Aufschlussreiche Dokumente, viele interessante Erklärungen und Kommentare
bilden eine spannende Ausstellung, die eine Entdeckung einer ungeahnten Welt ist.
Critique en Français :
À l'occasion des commémorations du 100ème
anniversaire de la Grande Guerre, le Schwules Museum, musée berlinois sur
l'histoire des lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres, propose une
exposition intitulée « Mon Camarade — La Diva. Théâtre au front
et dans les camps de prisonniers de la Première Guerre mondiale ». Croisant
les études sur l'histoire du théâtre et les études de genre, elle aborde la
création théâtrale en tant que phénomène élaboré dans un contexte exclusivement
masculin. Au front et dans les camps de prisonniers de guerre, artistes et
comédiens enrôlés dans l'armée éprouvent le besoin de continuer à jouer. Des
soldats mettent en œuvre des stratégies pour pallier le manque de moyens
matériels nécessaires à la confection des décors et des costumes. Des hommes revêtent
des vêtements féminins pour incarner des personnages de femmes, celles-ci totalement
absentes de leur environnement. Les archives présentées gardent la mémoire d'une
réalité méconnue et étonnante, abordée selon une approche inusuelle, exigeante
et didactique. Un passionnant parcours.
La
création théâtrale au sein des rangs de l'armée.
Photographies et films témoignent de mises
en scène théâtrales réalisées par des soldats et des prisonniers de diverses
nationalités. Les troupes itinérantes constituées sur les fronts et dans les
camps d'internement étaient d'origines allemandes, mais aussi françaises,
canadiennes, anglaises et russes. Estrades de fortune, scènes à ciel ouvert,
baraques transformées en théâtre et bâtiments en ruines, servaient de lieux de
représentation. L'armée allemande ne comptait pas moins de sept cent cinquante
théâtres. Simple mascarade improvisée spontanément sur un chemin à travers
champs ou saynètes et comédies plus élaborées, la création est un moyen de se
distraire collectivement, pour s'évader des conditions d'isolement et se
distancer des horreurs de la guerre. L'œil d'une caméra a pu capter une surprenante
parodie entre une ballerine et un sans-culotte interprétée par des membres d'un
régiment franco-algérien. Jacques Agié photographiait des travestis en costumes
folkloriques sur le front de Limey en Lorraine. Ça et là une compagnie anglaise
déguisée en costumes de Pierrot de la commedia dell'arte, des comédiens
burlesques, des acrobates en costumes grotesques... Un tank à l'arrière-plan d'une
photographie ou les uniformes du public contrastent avec les mines réjouies,
parfois hilares, des protagonistes. S'il s'agissait généralement d'un théâtre
de divertissement, certains s'attaquaient néanmoins aux grands drames de
Schiller et de Goethe.
Artistes pour la plupart avant la guerre qui
tentent de poursuivre leur activité, ces comédiens furent parfois des artistes
de renom. Portraituré sur le front belge, le metteur en scène et directeur de
théâtre allemand Erwin Piscator (1893-1966) fondera le théâtre prolétarien dans
les années 1920 avant d'élaborer le théâtre épique avec Bertolt Brecht. Interné
sur l'Île Longue, le réalisateur Georg Wilhelm Pabst (1885-1967) tournera La Rue sans joie1 avec Greta
Garbo ou Loulou2 avec
Louise Brooks. Certaines initiatives ont ainsi permis de donner forme à de
véritables institutions, comme ce fut le cas justement dans le camp de
prisonniers allemands de l'Île Longue, située dans la rade de Brest en
Bretagne. Une importante activité intellectuelle et culturelle permit d'y
développer un théâtre et une édition de journal. Affiches (Le Fou et la Mort 3 d'Hugo
von Hofmannsthal au design expressionniste), programmes (L'Éventail de Lady Windermere4 d'Oscar Wilde à
Berlin-Ruhleben) ou articles critiques pointus (réception d'une pièce de
Sudermann accompagnés de commentaires sur la voix trop mélancolique d'un
interprète de Wagner et Liszt) attestent d'une production aussi prolifique
qu'audacieuse.
Les soldats comédiens et leurs camarades
spectateurs retiraient de l'activité théâtrale un soulagement évident. Cela
remontait le moral des troupes, selon les autorités de l'armée qui en
reconnaissaient la valeur. Aussi les artistes se voyaient octroyer certains
privilèges, en terme de ravitaillement et d'assouplissement des astreintes
militaires. Les interprètes masculins se glissant dans des rôles et
des costumes féminins n'étaient pas pour autant systématiquement stigmatisés en
tant qu'homosexuels. Et de fait les artistes homosexuels étaient épargnés de la
marginalisation et du bannissement des rangs de l'armée qui menaçaient sous
l'Empire prussien ceux considérés alors comme « efféminés ».
Des comédiens travestis aux multiples visages.
Au sein des armées se travestissaient des homosexuels,
tout comme des hétérosexuels. Des comédiens de toutes statures, et pas
seulement ceux aux traits plus délicats, étaient choisis pour assurer les rôles
de femmes, brouillant les frontières entre les modèles traditionnels de rôles
sexuellement codifiés. Parodistes, chanteurs et imitateurs singeaient des
soubrettes ou se mesuraient aux mythes (voir l'un imitant Anna Pawlowa, la
légendaire danseuse étoile des Ballets russes de Serge Diaghilev).
Pour confectionner des costumes ou garnir
une trousse de maquillage fallait-il recourir aux matériaux à portée de main. Papier
et vielles couvertures pour les vêtements, crin et chanvre pour les perruques,
farine pour éclaircir le teint, cirage ou charbon pour noircir les yeux...
permettaient de créer l'illusion de la féminité, parfois confondante. La
photographie d'un canadien de Maple Leaves se maquillant avec coquetterie rend
compte du rituel du travestissement, un costume de la Reine de Saba en provenance
de Krotoschin (Pologne) prouve l'audace de la facture. Les portraits d'Emmerich
Laschitz interprétant lascivement le rôle de Salomé ou d'une Geisha sont devenus
célèbres. Contrairement à la féminité européenne perçue comme vertueuse, la
féminité orientale, à l'époque symbole de décadence, rendait l'érotisme sur la
scène moralement acceptable. Hors scène, certains posent encore déguisés sur
les genoux de leurs camarades, ferveur et désir émanant de leurs regards.
Après guerre, l'historien du théâtre Carl
Niessen collecta des matériaux, exposés à Magdeburg en 1927, qui documentèrent
la Zentrale Kriegstheaterarchiv à Cologne. Des documents souvent réalisés dans
un but de propagande qui servirent alors à redorer la réputation des soldats
vaincus.
Cette exposition du Schwules Museum de
Berlin est non seulement riche en documents d'archives, mais aussi étoffée de
notices explicatives et biographiques détaillées, et d'intéressants
commentaires. L'espace est soigneusement agencé, des programmes trilingues (allemand,
anglais et français) sont mis à disposition ainsi que des loupes pour scruter
les nombreux petits formats, rendant la visite fort agréable. Mein Kamerad — Die Diva pose
un regard inédit sur la Première Guerre mondiale et dévoile par là-même un
univers insoupçonnable.
Exposition du Schwules Museum à Berlin,
jusqu'au 30 novembre 2014.
Crédits photographiques © Schwules
Museum (Sammlung Travestie).
1 Die
Freudlose Gasse (1925), G.W. Pabst.
2 Die Büchse der Pandora (1929), G.W. Pabst.
3 Der Tor und der Tod (1893), Hugo von Hofmannsthal.
4 Lady
Windermere's Fan (1892), Oscar Wilde.
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