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© Cosimo Mirco Magliocca.
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Chef-d’œuvre à plus d’un
titre, Le Mariage de Figaro (1781) de
Beaumarchais réalise un coup de force dramaturgique autour de « la plus
badine des intrigues ». Camériste de la Comtesse et fiancée du valet
Figaro, Suzanne tente de déjouer les desseins du Comte Almaviva, maître
tout-puissant et séducteur résolu à faire valoir sur elle un ancien droit du
seigneur, en se liguant avec son épouse Rosine pour rétablir un ordre fragilisé
le jour même de ses noces. Sont en jeu tant la remise en cause des privilèges
et des rapports dominants/dominés, que la condition féminine ou le bonheur
conjugal mis en péril par le libertinage. Amour, ambition, jalousie,
ressentiment, espoir, désillusion, génèrent une comédie rythmée par des tempi
sans cesse remaniés, aussi jubilatoire que mélancolique tant elle passe du rire
aux larmes.
Exploitant la nouvelle
scène du théâtre éphémère, monté dans les jardins du Palais-Royal durant les
travaux de la salle Richelieu, Christophe Rauck réalise une mise en scène aérée,
et riche de finesses poétiques. L’esthétisme d’un décor faisant référence à des
peintures d’Uccello, ou au lit du Verrou de
Fragonard, est sublimé lors de l’acte final, où des figurines d’un manège
ancien, symbole des renversements de rapports, et d’étranges animaux empaillés se
distinguent dans l’obscurité féérique de la nuit tombée, où personnages se
figeront, pour composer un tableau final, comme des poupées de cire. C’est dire
si la pièce de Beaumarchais engendre un spectacle total tant son texte convoque
la peinture, la danse et la musique. Dans un même souci de décontextualisation
qui détermine le choix d’un espace et de costumes atemporels, les extraits des Nozze de Mozart sont déconstruits, mais
absurdement méconnaissables.
La direction d’acteurs,
tirant partie d’une évidente virtuosité des gestuelles et des mouvements dont
font preuve les comédiens, estompe la dimension politique de la pièce pour
sonder les relations qui se tissent subtilement entre les personnages, en jouant sur les foisonnantes réparties
cocasses et les quiproquos dus aux travestissements. Dans la parodie burlesque
du procès, Pierre Louis-Calixte, en Brid’oison, est impayable, mais la tirade
de Marceline, plaidoyer féministe dénonçant l’inégalité des sexes, jouée par
Martine Chevallier, y perd de sa dimension pamphlétaire. Quant au monologue
de Figaro, événement dramatique sans précédent pour une figure de valet qui
crée une déstabilisante suspension de l’action, il perd de son ampleur dans
l’affirmation d’un Moi roturier pour tendre vers l’expression intime d’un vacillement
existentiel. Anne Kessler campe une Suzanne fraîche et sensible, Bruno
Raffaelli un Comte agacé, Benjamen Jungers un Chérubin à l’émoi troublant,
emmenés par la présence vivifiante de Laurent Stocker incarnant un Figaro
trépidant et roublard. Quant à Elsa Lepoivre, dans le rôle de la Comtesse, elle
touche du doigt, par sa grâce et sa dignité, l’amère mélancolie qui sous-tend
le propos de Beaumarchais. De cette « Folle Journée » est retenue la
« franche gaieté » que le dramaturge voulait ramener au théâtre, la
Comédie française conviant à savourer un spectacle qui se vit comme une grandiloquente
fête.
Représentation du 26 avril
2012 au théâtre éphémère de la Comédie française à Paris.

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