Esquissés tous deux en cinq
jours, en 1842, le Quatuor op. 47 et le Quintette
op. 44 avec piano de Robert Schumann constituent deux sommets de la
musique de chambre que le pianiste russe Alexander Melnikov et le Jerusalem
Quartet viennent d’enregistrer pour le label Harmonia Mundi.
Avec son Quintette op. 44 en Mi bémol majeur,
Robert Schumann se place non seulement comme le compositeur précurseur de la
formation du quintette pour piano et quatuor à cordes, qui fleurira à l’époque
romantique, mais livre d’un même geste une œuvre « splendide » vouée
à une belle postérité, « pleine de force et de fraîcheur » comme le juge
son épouse Clara Wieck, pianiste dédicataire de l’œuvre. Atténuant le caractère
épique et scandé de l’Allegro brillante,
les interprètes privilégient la conduite fluide d’un phrasé qui se fond avec
les motifs généreusement lyriques des cordes. Le deuxième mouvement, In modo d’una marcia, est teinté de
timbres subtilement propices aux atmosphères spectrales et oniriques, d’où
émerge une fugace fébrilité dans l’Agitato.
Le caractère enjoué du Scherzo, constitué
d’une divertissante polyphonie de gammes staccatos
enchevêtrées, exulte dans les
guirlandes mélodiques du second trio, préfigurant l’écriture contrapunctique
d’un finale à l’humeur fièrement extravertie.
Relativement moins connu
que le Quintette, le Quatuor op. 47 en Mi
bémol majeur, dont la forme s’inspire des quatuors de Beethoven, présente
une écriture plus équilibrée. Sollicitant un rôle moins concertant de la part
du pianiste, il exploite avec davantage de raffinement la dimension chambriste
de l’ensemble. Dès l’introduction lente Sostenuto
assai du premier mouvement, les musiciens impriment un souffle, en jouant
sur les résonnances, à une ligne qui s’épanouit dans l’allure élancée de l’Allegro brillante. Une inquiétude dans
le Scherzo, une ferveur dans le
finale, sous-tendent un discours volubile. L’Andante cantabile, chant d’amour dans lequel s’entrelacent de
longues mélodies au violoncelle (le « Sergio Perresson » que jouait Jacqueline Dupré, prêté par
Daniel Barenboim) et au violon, offre un moment de plénitude extatique qui
touche à la quintessence de l’expression d’une tendre sensualité.
La lumineuse sonorité
d’Alexander Melnikov, doté d’un touché perlé, s’homogénéise parfaitement avec
le jeu pudique et épuré du Jerusalem Quartet, dans une interprétation dont le
naturel traduit toute la vitalité créative d’un Robert Schumann retrouvant
enfin une Clara libérée des entraves paternelles, leur permettant ainsi de
vivre pleinement leur amour passionné.
Sortie le 14 mai 2012 chez
Harmonia Mundi.
Sophie Lespiaux © Music Story. Cf. la chronique du disque Rachmaninov d'Alexander Melnikov.

Merci de me replonger dans ce magnifique Quatuor Opus.47 de Robert Schumann. Il devait être terriblement amoureux de Clara pour composer un "Andante cantabile" aussi lyrique.
RépondreSupprimerEt savez-vous que l'Andante du Quatuor avec piano op. 60 de Johannes Brahms est aussi une déclaration d'amour, cette fois implicite, à Clara ? Quelle muse fut-elle !
RépondreSupprimerJe connais l'amour de Brahms pour Clara, mais j'ignorai qu'il transparaissait dans ce Quatuor. Il me semble bien que je l'ai gravé à une époque mais je le retrouve pas.
RépondreSupprimerOn sera jamais si cet amour a été consommé, ni si cela a précipité Schumann dans la folie.
Brahms a composé ce quatuor en 1855, alors âgé de 22 ans. Or Robert Schumann était malade depuis longtemps, à l'époque où il rencontre Brahms. Je doute que cela ait pu précipiter cette folie. Quant à la nature de leur relation, il semble qu'elle ait été un terreau propice à la créativité, occasionna un échange épistolaire passionné, mais soit resté amicale, si tant est qu'il faille lever l'énigme !
RépondreSupprimerJ'ai un peu de mal à croire à l'histoire officielle c'est tout ;)
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