« On n’est pas sérieux,
quand on a dix-sept ans. », écrivait Arthur Rimbaud. A ce même âge furent
composés les trois quatuors qui constituent le programme du nouveau disque du
quatuor Modigliani, intitulé Intuition
(2012). Et c’est peut-être l’insouciance même de la jeunesse qui permit à trois
compositeurs aussi précoces que Mozart, Schubert et Arriaga, de s’attaquer à la
formation réputée la plus sérieuse, tant l’écriture requiert d’exigence, du
quatuor à cordes. Spontanéité, inventivité et jeux de contrastes caractérisent
semblablement leur tempérament respectif.
La sensibilité lumineuse du
jeune Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) se révèle dans le Quatuor en Si bémol majeur K. 159 (1773),
issu du cycle « milanais ». S’ouvrant par un Andante dont l’élégance tient à l’art de la respiration, il se
poursuit avec un Allegro douloureux,
et s’achève par une gavotte gracieuse où ingénuité et pessimisme s’alternent avec
une aisance typiquement mozartienne. Inspiré par le Quatuor des Dissonances de ce dernier, le Quatuor D. 46 de Franz Schubert (1797-1828) manifeste déjà un style tragique qui s’exacerbera
dans ses chefs-d’œuvre ultérieurs. Exploitant les potentialités narratives de
la forme, l’Allegro épique est
introduit par un Adagio funèbre
interprété senza vibrato, où les frottements
harmoniques amers sont générés par un fugato de lignes chromatiques descendantes.
L’Andante, marqué par une candeur
initiale, ne peut se départir d’un pathétisme souligné d’un effet pesante, le Menuetto d’une inquiétude contenue. L’Allegro final, dans l’esprit d’une polka, démontre une espièglerie
jubilatoire, parfois virile.
Si le génie de ces deux
compositeurs autrichiens a pu s’épanouir malgré leur courte vie, l’indéniable talent
de l’Espagnol Juan Crisóstomo de Arriaga (1806-1826), fauché par la tuberculose
à 20 ans, n’aura pu éclore véritablement, mais son Quatuor n° 3 en Mi bémol majeur permet d’en prendre la mesure.
D’esthétique classique, l’Allegro monothématique
accueille une variété d’émotions suggérant son impétueuse inventivité.
L’atmosphère tendre de la Pastorale est
assombrie par le passage d’un orage figuré par de fiévreux trémolos, de même que
l’esprit viennois du thème du finale Presto
agitato cède à une irrésistible fébrilité.
L’initiative du Quatuor
Modigliani de mettre en regard ces œuvres peu connues, mais touchantes, est à
saluer, d’autant que ce jeune ensemble de musiciens français démontre un soin
méticuleux des articulations qui fait ressortir leur clarté formelle, tout en
révélant leur fraîcheur.

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