Partenaires de musique de chambre de longue
date, Isabelle Faust et Alexander Melnikov se sont déjà retrouvés autour
d'enregistrements consacrés à Schubert, Brahms ou Chostakovitch. Mais c'est
sans conteste par leur version intégrale des monumentales Sonates pour violon et piano de Beethoven, réalisée en 2009, que le
duo s'est excellemment distingué. Avec le disque Weber:
Sonatas for piano & violin - Piano Quartet (2013), c'est autour d'une
intégrale plus insolite qu'il se réunit de nouveau. Si Carl Maria von Weber
(1786-1826), le premier des grands romantiques allemands, contemporain de
Schubert et Beethoven, est resté célèbre pour son opéra Der Freischütz (1820), son œuvre pour la musique de chambre est
demeurée mineure et méconnue. Pourtant Isabelle Faust et Alexander Melnikov
nous prouvent que ces œuvres, signées par un compositeur qui tend à se positionner
singulièrement en rupture avec le classicisme viennois et la figure beethovenienne,
sont loin d'être dépourvues de charme.
Le Quatuor
pour violon, alto, violoncelle et pianoforte op. 8 (1809) est interprété en
compagnie de l'altiste Boris Faust et du violoncelliste Wolfgang Emanuel
Schmidt. L'Allegro con fuoco présente
une exposition pleine de sérénité où la liberté du pianiste et l'élégance de la
violoniste, dans un thème aux cocasses ornementations, siéent à la légèreté
d'un caractère viennois qui s'estompera dans un développement, tissant des
motifs tel un entrelacs, plus obscur. Inspiré d'un fantastique cher aux
romantiques, d'écriture fragmentaire rompue d'abruptes pauses suspensives, l'Adagio ma non troppo instaure un climat
d'attente et d'indécision qui bénéficie du jeu aérien des musiciens. De
l'inquiétude s'immisce dans le Menuetto aux
côtés d'un traditionnel trio viennois. Avec son fugato enjoué, émaillé de
traits virtuoses tout en dentelle, le Finale
est affecté d'un humour que relèvent les cordes en imitant des sonorités de
bois qui sonnent comme un clin d'œil au brillant orchestrateur que fut Weber.
Commande de l'éditeur Johann Anton André
destinée à la pratique de la haute bourgeoisie, les Six Sonates progressives op. 10 (1810), sous-titrées « pour
le Pianoforte avec Violon obligé, composées et dédiées aux amateurs », outrepassent manifestement leur
vocation initiale. C'est un duo en parfaite connivence qui introduit le
récital, avec la séduisante Sonate
op. 10 n° 6, par un Allegro
con fuoco plein de panache et d'humour. Cette forme d'esprit traverse
d'ailleurs la majeure partie du cycle et transparaît particulièrement dans les Rondos, tous empreints de malice et
d'espièglerie, voire de fanfaronnerie chez le pianiste, dans la Sonata n° 3. Reflet des évolutions esthétiques de l'époque, l'œuvre
fait grand cas d'un exotisme multinational : une Polacca (n° 6) au caractère gracieusement enfantin, un Air polonais (n° 2) au thème rustique
subissant des variations ludiques, un Carratere
Espagnolo (n° 2) aux allures fières ou suaves, l'Air russe (n° 3) et le Siciliano
jetant quant à eux une ombre nostalgique. Dans le Largo (n° 6) et l'Adagio
(n° 2), on retrouve l'audace de la violoniste dans sa recherche de sonorités - par ailleurs toujours d'une indéniable beauté - parfois peu
conventionnelles, usant là d'une prise de son flottante et d'un timbre granuleux,
mais éminemment expressives. Dans le Tema
dell'Opera Silvana, une certaine gaucherie
feinte rend le thème martial grotesque. La dimension opératique de ces
sonatines, indéniable chez ce compositeur qui vénérait Mozart, est donc servie
admirablement par le discours théâtral et personnifié des musiciens. Souplesse
et naturel des rubatos, finesse des nuances, inventivité des intentions
musicales... entre les jeux d'Isabelle Faust et d'Alexander Melnikov s'instaure
un dialogue vivifié et plein d'esprit.
Ce disque Weber: Sonatas for piano & violin - Piano Quartet (2013) allie
une plaisante découverte musicale à d'heureuses retrouvailles entre Isabelle
Faust et Alexander Melnikov.
Sortie le 29 janvier 2013 chez Harmonia
Mundi.

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