Une rencontre musicale au
sommet entre la violoniste allemande Isabelle Faust et le chef d’orchestre
italien Claudio Abbado, à la tête de l’Orchestra Mozart, occasionne
l’enregistrement du disque Berg & Beethoven : Violin Concertos (2012).
Ces musiciens émérites instaurent un dialogue entre deux œuvres dont les
beautés respectives entrent en résonnance par leur contraste, où la partition
offre un parfait équilibre entre soliste et orchestre.
Le Concerto pour violon dédié « à la mémoire d’un Ange »
(1935) d’Alban Berg constitue un Requiem
composé en une inspiration quasi fulgurante après la mort de Manon Gropius,
fille d’Alma Mahler et jeune amie du compositeur viennois qui décéda lui-même
aussi subitement quelques mois plus tard. Cette œuvre dodécaphoniste, empreinte
d’un douloureux lyrisme, met en miroir deux mouvements symbolisant la Vie et la
Mort, et s’achevant par une citation d’un choral de Bach qui signifie autant
l’attachement à la tradition qu’une délivrance procurée par la création. La recherche
pertinente de sonorités et d’effets, dans les atmosphères alternativement tendres,
extatiques ou infernales, et le discours tenu en parfaite symbiose avec
l’orchestre, caractérisent cette interprète aguerrie au répertoire moderne et
contemporain. Après cette synthèse sombre
et expressionniste entre sérialité et tonalité, le passage à la tonalité principale
de Ré Majeur, avec le Concerto pour
violon op. 61 (1806) de Ludwig van Beethoven, intensifie la luminosité
d’une œuvre marquée par la plénitude et la générosité. Le dialogue entre
l’orchestre et la soliste, dont la virtuosité n’est que simplicité jubilatoire,
s’y instaure avec souplesse et fluidité dans un premier mouvement servi par un
tempo alerte, avec grâce dans la danse pastorale du finale. Mais il se transcende
véritablement dans le deuxième mouvement où la direction de Claudio Abbado
insuffle à l’orchestre un caractère majestueux qui accueille le chant pur du
violon. Isabelle Faust subjugue littéralement par de célestes aigus dont la
ténuité de la sonorité témoigne d’une prise de risque maximum de la part de
l’interprète, tant la réalisation est infiniment délicate.
Cette interprétation
magistrale d’Isabelle Faust et Claudio Abbado restitue toute la grandeur de ces
deux œuvres phares du répertoire concertant pour violon, avec une sobriété et
un naturel qui sont la marque des grands maîtres.
Sortie
chez Harmonia Mundi en février 2012.

Bonjour,
RépondreSupprimerCurieux de voir un nouvel attelage Berg-Beethoven si peu de temps après celui d'Arabella Steinbacher. Des éléments de comparaison avec ce prédécesseur, à la distribution certes moins prestigieuses mais qui avait été apprécié par la critique (et par moi, mais ça compte si peu ;-)) ?
Cordialement,
Bonjour,
SupprimerJe vous avoue n'avoir pas eu l'occasion d'écouter cette version de Steinbacher, mais, ayant eu l'occasion de chroniquer son disque Fauré, Poulenc, Ravel (http://ns1.evene.info/culture/agenda/arabella-steinbacher-et-robert-kulek-26446.php), et ayant été malheureusement assez déçue de son interprétation, je vais m'empresser d'essayer de l'écouter, en espérant être agréablement surprise de l'entendre dans un tout autre style !
Bien cordialement,
Sophie