Pour un premier disque en
récital chant-piano, intitulé Clair de lune, la soprano Natalie Dessay, sous l’égide du pianiste Philippe Cassard,
légataire de quatre pièces inédites donnant prétexte au projet, choisit de
mettre en lumière une facette méconnue de Claude Debussy. Jeune homme amoureux
alors âgé de 19 ans, le compositeur livra un recueil de mélodies (complété sur
l’enregistrement par d’autres œuvres de jeunesse) inspirées par la beauté de sa
muse Marie Vasnier, une femme mariée de douze ans son aînée, une chanteuse dont
il s’était épris.
Avec le poème liminaire de
Banville « Nuit d’étoiles », le disque s’ouvre sur un univers de
tendresse qui se prolonge jusqu’au grand poème lyrique La Damoiselle élue, interprété
avec Karine Deshayes et le Jeune Chœur de Paris. Au gré des pièces, Natalie
Dessay, soutenue par les impulsions expressives et gracieuses de l’accompagnement,
révèle la fraîcheur des atmosphères verlainiennes de « Clair de
lune » et « En sourdine », ou campe une « Pantomime »
et un « Pierrot » espiègles. Sa souplesse vocale sert admirablement
les mélodies virtuoses de « Fête galante » de Banville, des
« Elfes » de Leconte de Lisle, du chatoyant « Rondel
chinois » et de « Flots, palmes, sables ». L’affectueuse
mélancolie animée d’un souffle de lyrisme des « Regrets » de Paul
Bourget fait écho à la plénitude de l’extase d’une « Romance (L’âme
évaporée) », et à la suavité des « Cloches ». La remarquable
variété de discours d’« Apparition » de Stéphane Mallarmé
s’achève dans un murmure au timbre voilé d’une infinie délicatesse.
Loin des traditionnelles
lectures éthérées, cette interprétation charnelle et sensible, rehaussée d’une
spontanéité toute théâtrale, rend justice à la musique d’un Debussy qui
conférait à ces poèmes symbolistes une étonnante volupté.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire