Véritable sacerdoce que
d’aborder les Sonatas et Partitas de
Jean-Sébastien Bach dans la vie d’un violoniste, tant cette œuvre, conservant une
large part de mystère, atteint une perfection dans l’écriture harmonique et
architecturale, et ce malgré les contraintes liées à cet instrument à vocation
habituellement mélodique. Isabelle Faust, en un second volet discographique
rassemblant les œuvres BWV 1001 à 1003, a tenu à rendre un hommage respectueux
à l’œuvre du maître en approfondissant ses recherches interprétatives à la
source du manuscrit autographe datant de 1720.
D’emblée, dans l’« Adagio » de la Sonate en Sol mineur, Isabelle Faust imprime une subtilité à son
discours, servi par une merveilleuse technique d’archet toute en souplesse dans
les accords arpégés, conduisant la ligne d’un legato si pur que l’expressivité
se passe de vibrato. Dans la « Fugue », là encore, élégance et
finesse priment pour donner du relief à la polyphonie, aux motifs fugués et aux
courbes de l’architecture au sein de laquelle les points d’appuis harmoniques
sont exploités pour impulser un élan dansant au mouvement. La « Sicilienne » se dote d’un souffle et d’une sereine
liberté, le « Presto » est
saisissant de légèreté et de fluidité dans les détachés.
La Partita en Si mineur, constituée de mouvements de danses
spiritualisées, s’ouvre sur l’« Allemande » dont les inflexions, les rythmes pointés et les reprises ornées colorent
l’ensemble avec dignité. Un même souci de variété est apporté aux différentes
articulations de détachés de la « Corrente ». Le doux effleurement
des cordes teinte les « Doubles »
de sonorités respectivement flutées, feutrées, puis timbrées dans le
dernier, tandis que le deuxième vaut sa spontanéité à un tempo audacieusement
rapide. Le « Tempo di Borea », avec ses prises d’accords mordantes et
son caractère enjoué, est emmené avec tenue.
Le « Grave » de la Sonate en la mineur est empreint d’une sobriété majestueuse, avec
son thème mélancolique qu’Isabelle Faust, telle en une improvisation inspirée,
aborde avec un abandon, un lâcher-prise qui atteint lors des tensions
harmoniques à une totale plénitude. Le tempo tout en retenu avec laquelle est
entamée la « Fugue » permet de privilégier la mise en relief du sujet
et contre-sujet par des variations d’articulations, de jeu d’échos, un travail
d’orfèvre au service de la forme dont elle révèle l’ampleur. Tendresse,
sentiment de bienveillance règnent dans un « Andante » où la
cantilène se déploie librement et inspire une ornementation naturelle, sur une
basse continue égrainée dans un mouvement insufflé avec allant. C’est par une
humble simplicité que la violoniste clôt l’« Allegro ».
Parfaite maîtrise de jeu
tout en élégance, intelligence de l’interprétation pétrie d’humilité, de
subtilité et de noblesse, cet enregistrement signé par Isabelle Faust constitue
une version somptueuse des Sonatas et
Partitas de Bach BWV 1001 à 1003, qui fera date.
Sortie
chez Harmonia Mundi en septembre 2012.

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