13 novembre 2014

Mein Kamerad — Die Diva. Theater an der Front und in Gefangenenlagern des Ersten Weltkriegs, une exposition du Schwules Museum à Berlin

Einleitung auf Deutsch:
Das Schwule Museum präsentiert eine erstaunliche Ausstellung mit dem Titel ,Mein Kamerad — Die Diva. Theater an der Front und in Gefangenenlagern des Ersten Weltkriegs'. Es geht darin nicht nur um die Figur des Damendarstellers, sondern auch um das Theaterschaffen im Heer während des Krieges. Soldaten und Gefangene, die schon vor dem Krieg Schauspieler waren, mussten weiter spielen. Sie bauten Bühnen, sie schneiderten Kostüme, sie schminkten sich so gut, wie es die wenigen Mittel erlaubten. Dann spielten sie Maskeraden, Komödien, und auch große Dramen.
In dieser reinen Männergesellschaft travestierten sich die Soldaten, um die Frauenrollen zu interpretieren, sowohl Homosexuelle als auch Heterosexuelle. Trotz ihrer Weiblichkeit wurden die Damenimitatoren nicht nur geduldet, sondern auch verehrt. Unter ihnen waren so berühmte Schauspieler, wie Erwin Piscator oder W. G. Pabst.
In den Gefangenenlagern gaben es Theateraufführungen, aber auch die Gestaltung schöner Plakate, die Veröffentlichung von Programmen, und Zeitungen mit detaillierten Kritiken.
Aufschlussreiche Dokumente, viele interessante Erklärungen und Kommentare bilden eine spannende Ausstellung, die eine Entdeckung einer ungeahnten Welt ist.

Critique en Français : 
À l'occasion des commémorations du 100ème anniversaire de la Grande Guerre, le Schwules Museum, musée berlinois sur l'histoire des lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres, propose une exposition intitulée « Mon Camarade — La Diva. Théâtre au front et dans les camps de prisonniers de la Première Guerre mondiale ». Croisant les études sur l'histoire du théâtre et les études de genre, elle aborde la création théâtrale en tant que phénomène élaboré dans un contexte exclusivement masculin. Au front et dans les camps de prisonniers de guerre, artistes et comédiens enrôlés dans l'armée éprouvent le besoin de continuer à jouer. Des soldats mettent en œuvre des stratégies pour pallier le manque de moyens matériels nécessaires à la confection des décors et des costumes. Des hommes revêtent des vêtements féminins pour incarner des personnages de femmes, celles-ci totalement absentes de leur environnement. Les archives présentées gardent la mémoire d'une réalité méconnue et étonnante, abordée selon une approche inusuelle, exigeante et didactique. Un passionnant parcours. 

La création théâtrale au sein des rangs de l'armée.
Photographies et films témoignent de mises en scène théâtrales réalisées par des soldats et des prisonniers de diverses nationalités. Les troupes itinérantes constituées sur les fronts et dans les camps d'internement étaient d'origines allemandes, mais aussi françaises, canadiennes, anglaises et russes. Estrades de fortune, scènes à ciel ouvert, baraques transformées en théâtre et bâtiments en ruines, servaient de lieux de représentation. L'armée allemande ne comptait pas moins de sept cent cinquante théâtres. Simple mascarade improvisée spontanément sur un chemin à travers champs ou saynètes et comédies plus élaborées, la création est un moyen de se distraire collectivement, pour s'évader des conditions d'isolement et se distancer des horreurs de la guerre. L'œil d'une caméra a pu capter une surprenante parodie entre une ballerine et un sans-culotte interprétée par des membres d'un régiment franco-algérien. Jacques Agié photographiait des travestis en costumes folkloriques sur le front de Limey en Lorraine. Ça et là une compagnie anglaise déguisée en costumes de Pierrot de la commedia dell'arte, des comédiens burlesques, des acrobates en costumes grotesques... Un tank à l'arrière-plan d'une photographie ou les uniformes du public contrastent avec les mines réjouies, parfois hilares, des protagonistes. S'il s'agissait généralement d'un théâtre de divertissement, certains s'attaquaient néanmoins aux grands drames de Schiller et de Goethe.     
          
Artistes pour la plupart avant la guerre qui tentent de poursuivre leur activité, ces comédiens furent parfois des artistes de renom. Portraituré sur le front belge, le metteur en scène et directeur de théâtre allemand Erwin Piscator (1893-1966) fondera le théâtre prolétarien dans les années 1920 avant d'élaborer le théâtre épique avec Bertolt Brecht. Interné sur l'Île Longue, le réalisateur Georg Wilhelm Pabst (1885-1967) tournera La Rue sans joie1 avec Greta Garbo ou Loulou2 avec Louise Brooks. Certaines initiatives ont ainsi permis de donner forme à de véritables institutions, comme ce fut le cas justement dans le camp de prisonniers allemands de l'Île Longue, située dans la rade de Brest en Bretagne. Une importante activité intellectuelle et culturelle permit d'y développer un théâtre et une édition de journal. Affiches (Le Fou et la Mort 3 d'Hugo von Hofmannsthal au design expressionniste), programmes (L'Éventail de Lady Windermere4 d'Oscar Wilde à Berlin-Ruhleben) ou articles critiques pointus (réception d'une pièce de Sudermann accompagnés de commentaires sur la voix trop mélancolique d'un interprète de Wagner et Liszt) attestent d'une production aussi prolifique qu'audacieuse.

Les soldats comédiens et leurs camarades spectateurs retiraient de l'activité théâtrale un soulagement évident. Cela remontait le moral des troupes, selon les autorités de l'armée qui en reconnaissaient la valeur. Aussi les artistes se voyaient octroyer certains privilèges, en terme de ravitaillement et d'assouplissement des astreintes militaires. Les interprètes masculins se glissant dans des rôles et des costumes féminins n'étaient pas pour autant systématiquement stigmatisés en tant qu'homosexuels. Et de fait les artistes homosexuels étaient épargnés de la marginalisation et du bannissement des rangs de l'armée qui menaçaient sous l'Empire prussien ceux considérés alors comme « efféminés ».    
                                  
Des comédiens travestis aux multiples visages.
Au sein des armées se travestissaient des homosexuels, tout comme des hétérosexuels. Des comédiens de toutes statures, et pas seulement ceux aux traits plus délicats, étaient choisis pour assurer les rôles de femmes, brouillant les frontières entre les modèles traditionnels de rôles sexuellement codifiés. Parodistes, chanteurs et imitateurs singeaient des soubrettes ou se mesuraient aux mythes (voir l'un imitant Anna Pawlowa, la légendaire danseuse étoile des Ballets russes de Serge Diaghilev).

Pour confectionner des costumes ou garnir une trousse de maquillage fallait-il recourir aux matériaux à portée de main. Papier et vielles couvertures pour les vêtements, crin et chanvre pour les perruques, farine pour éclaircir le teint, cirage ou charbon pour noircir les yeux... permettaient de créer l'illusion de la féminité, parfois confondante. La photographie d'un canadien de Maple Leaves se maquillant avec coquetterie rend compte du rituel du travestissement, un costume de la Reine de Saba en provenance de Krotoschin (Pologne) prouve l'audace de la facture. Les portraits d'Emmerich Laschitz interprétant lascivement le rôle de Salomé ou d'une Geisha sont devenus célèbres. Contrairement à la féminité européenne perçue comme vertueuse, la féminité orientale, à l'époque symbole de décadence, rendait l'érotisme sur la scène moralement acceptable. Hors scène, certains posent encore déguisés sur les genoux de leurs camarades, ferveur et désir émanant de leurs regards.

Après guerre, l'historien du théâtre Carl Niessen collecta des matériaux, exposés à Magdeburg en 1927, qui documentèrent la Zentrale Kriegstheaterarchiv à Cologne. Des documents souvent réalisés dans un but de propagande qui servirent alors à redorer la réputation des soldats vaincus.

Cette exposition du Schwules Museum de Berlin est non seulement riche en documents d'archives, mais aussi étoffée de notices explicatives et biographiques détaillées, et d'intéressants commentaires. L'espace est soigneusement agencé, des programmes trilingues (allemand, anglais et français) sont mis à disposition ainsi que des loupes pour scruter les nombreux petits formats, rendant la visite fort agréable. Mein Kamerad — Die Diva pose un regard inédit sur la Première Guerre mondiale et dévoile par là-même un univers insoupçonnable.

Exposition du Schwules Museum à Berlin, jusqu'au 30 novembre 2014.
Crédits photographiques © Schwules Museum (Sammlung Travestie). 
1 Die Freudlose Gasse (1925), G.W. Pabst.
2 Die Büchse der Pandora (1929), G.W. Pabst.                                                                         
3 Der Tor und der Tod (1893), Hugo von Hofmannsthal. 
4 Lady Windermere's Fan (1892), Oscar Wilde.

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