17 avril 2013

Memento Mori, spectacle-performance de Pascal Rambert et Yves Godin, au théâtre de Gennevilliers



 © Marc Domage
Memento Mori pose la question des origines. Une question que Pascal Rambert pose en termes d'obscurité, de silence et d'immobilité. Cet auteur de textes dramatiques recourt, avec cette pièce chorégraphique, à une forme sans langage dont la conception magistrale est le fruit d'une collaboration avec le créateur lumière Yves Godin, Alexandre Meyer à la création musicale, et interprétée par cinq performeurs*. Cette forme expérimentale cherche à retrouver les origines qui, puisque la vie est formes en mouvement qui ne peuvent être perçues que grâce à la lumière, se situeraient dans une antériorité du mouvement.

Une totale et silencieuse obscurité : telle permet l'entrée dans Memento Mori (« Souviens-toi que tu es mortel »), en une expérience sensorielle qui nécessite une progressive adaptation rétinienne. Un grondement sourd éveille l'écoute, s'intensifiera en un choral descendant dramatique, durant une durée indéterminée qui renvoie chacun à sa propre expérience du vide et du rien : suscitent-t-ils une angoisse, un ennui, ou une introspection, à l'écoute d'un silence intérieur apaisant dans lequel on se plongerait ? D'éparses apparitions de halos blanchâtres, tels des spectres, poignent si furtivement qu'une hésitation plane : sont-ce visions ou hallucinations ? Mais se révèleront peu à peu des formes corporelles mouvantes, dont la matière ne semble que lumière diffuse. Dans un continuum, ces corps nébuleux se rejoignent dans la lenteur pour évoluer ensemble, et entamer une danse érotiquement suggestive.

Et soudain, fiat lux ! la lumière fut ! : des corps, nus, gisant exténués à terre, jonchée de fruits écrasés ! Plongés dans la contemplation d'un tableau vivant des restes d'une orgie, on comprend qu'une bacchanale, un mystère dionysiaque a eu lieu. Puis, stupeur ! le salut final ?! fait place à la perplexité... Alors qu'on s'imaginait être au commencement de quelque chose d'autre, on reste en attente de ce quelque chose qui n'adviendra pas. Place à la frustration, à l'interrogation, à la quête de sens. Mais, c'est peut-être là que réside aussi l'originalité formelle qui touche à une vérité : la frustration générée par la fin de la pièce se confondrait alors avec la nostalgie du moment de la performance, où cette antériorité du mouvement allait au-delà du sens, où l'expérience de la plénitude a été faite. Par cette symbiose hypnotique entre perception sensorielle, impression et introspection, l'âge d'or a déjà eu lieu et sa fin entraîne la chute. L'essence même de la présence à soi (hors de toute attente) a été appréhendée, et nul retour n'est possible. En ce sens, Memento Mori fait goûter à l'expérience d'une plénitude vécue en son for intérieur.

*Elmer Bäck, Rasmus Slatis, Anders Carlsson, Jakob Öhrman et Lorenzo De Angelis.
Représentation du 5 avril 2013 au théâtre de Gennevilliers.

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