01 février 2013

Weber: Sonatas for piano & violin, Piano Quartet, par Isabelle Faust & Alexander Melnikov

Partenaires de musique de chambre de longue date, Isabelle Faust et Alexander Melnikov se sont déjà retrouvés autour d'enregistrements consacrés à Schubert, Brahms ou Chostakovitch. Mais c'est sans conteste par leur version intégrale des monumentales Sonates pour violon et piano de Beethoven, réalisée en 2009, que le duo s'est excellemment distingué. Avec le disque Weber: Sonatas for piano & violin - Piano Quartet (2013), c'est autour d'une intégrale plus insolite qu'il se réunit de nouveau. Si Carl Maria von Weber (1786-1826), le premier des grands romantiques allemands, contemporain de Schubert et Beethoven, est resté célèbre pour son opéra Der Freischütz (1820), son œuvre pour la musique de chambre est demeurée mineure et méconnue. Pourtant Isabelle Faust et Alexander Melnikov nous prouvent que ces œuvres, signées par un compositeur qui tend à se positionner singulièrement en rupture avec le classicisme viennois et la figure beethovenienne, sont loin d'être dépourvues de charme. 

Le Quatuor pour violon, alto, violoncelle et pianoforte op. 8 (1809) est interprété en compagnie de l'altiste Boris Faust et du violoncelliste Wolfgang Emanuel Schmidt. L'Allegro con fuoco présente une exposition pleine de sérénité où la liberté du pianiste et l'élégance de la violoniste, dans un thème aux cocasses ornementations, siéent à la légèreté d'un caractère viennois qui s'estompera dans un développement, tissant des motifs tel un entrelacs, plus obscur. Inspiré d'un fantastique cher aux romantiques, d'écriture fragmentaire rompue d'abruptes pauses suspensives, l'Adagio ma non troppo instaure un climat d'attente et d'indécision qui bénéficie du jeu aérien des musiciens. De l'inquiétude s'immisce dans le Menuetto aux côtés d'un traditionnel trio viennois. Avec son fugato enjoué, émaillé de traits virtuoses tout en dentelle, le Finale est affecté d'un humour que relèvent les cordes en imitant des sonorités de bois qui sonnent comme un clin d'œil au brillant orchestrateur que fut Weber.

Commande de l'éditeur Johann Anton André destinée à la pratique de la haute bourgeoisie, les Six Sonates progressives op. 10 (1810), sous-titrées « pour le Pianoforte avec Violon obligé, composées et dédiées aux amateurs », outrepassent manifestement leur vocation initiale. C'est un duo en parfaite connivence qui introduit le récital, avec la séduisante Sonate op. 10 n° 6, par un Allegro con fuoco plein de panache et d'humour. Cette forme d'esprit traverse d'ailleurs la majeure partie du cycle et transparaît particulièrement dans les Rondos, tous empreints de malice et d'espièglerie, voire de fanfaronnerie chez le pianiste, dans la Sonata n° 3. Reflet des évolutions esthétiques de l'époque, l'œuvre fait grand cas d'un exotisme multinational : une Polacca (n° 6) au caractère gracieusement enfantin, un Air polonais (n° 2) au thème rustique subissant des variations ludiques, un Carratere Espagnolo (n° 2) aux allures fières ou suaves, l'Air russe (n° 3) et le Siciliano jetant quant à eux une ombre nostalgique. Dans le Largo (n° 6) et l'Adagio (n° 2), on retrouve l'audace de la violoniste dans sa recherche de sonorités - par ailleurs toujours d'une indéniable beauté - parfois peu conventionnelles, usant là d'une prise de son flottante et d'un timbre granuleux, mais éminemment expressives. Dans le Tema dell'Opera Silvana, une certaine gaucherie feinte rend le thème martial grotesque. La dimension opératique de ces sonatines, indéniable chez ce compositeur qui vénérait Mozart, est donc servie admirablement par le discours théâtral et personnifié des musiciens. Souplesse et naturel des rubatos, finesse des nuances, inventivité des intentions musicales... entre les jeux d'Isabelle Faust et d'Alexander Melnikov s'instaure un dialogue vivifié et plein d'esprit.   

Ce disque Weber: Sonatas for piano & violin - Piano Quartet (2013) allie une plaisante découverte musicale à d'heureuses retrouvailles entre Isabelle Faust et Alexander Melnikov.

Sortie le 29 janvier 2013 chez Harmonia Mundi.

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