07 novembre 2012

Ecrits pour la parole, de Léonora Miano, au Théâtre Ouvert et sur France Culture


Durant la saison 2012, le Théâtre Ouvert en partenariat avec France Culture poursuit son action autour de La Radio sur un plateau, dans le cadre de l’émission L’Atelier fiction présentée par Blandine Masson. Une occasion de faire découvrir aux auditeurs et aux spectateurs, lors d’un enregistrement réalisé en public, des textes dramatiques contemporains.

Le 5 novembre 2012 a mis à l’honneur le premier texte écrit pour le théâtre de Léonora Miano intitulé Ecrits pour la parole (2012), qui a reçu le prix Seligmann en octobre dernier. Ce portrait kaléidoscopique évoque l’actuelle condition des femmes noires en France, en donnant à entendre des voix singulières qui n’ont habituellement jamais la parole. D’une intense oralité, ce texte interpelle tant par l’originalité de la pensée que par la justesse et la spontanéité des remarques qui en jaillissent, par l’humour, l’ironie, la sensibilité et l’émotion qui s’en dégagent.

Immigration, intégration, individualité au sein de la communauté, impact de la grande histoire sur la petite, vie à Paris, machisme, séduction, sexualité, viol… sont autant de thèmes mis en question par le biais de perspectives et de points de vues remarquables. S’élèvent les voix poignantes de figures de femmes lassées de susciter des fantasmes d’exotisme réducteurs, de Noires nées sur le sol hexagonal et de culture européenne pour qui la couleur de peau n’a d’autre sens qu’être une enveloppe pesante, d’autres partagées entre attirance et peur à l’égard de ce pays inconnu de leurs ancêtres, jusqu’à celle d’une narratrice qui s’interroge sur l’histoire de ces femmes silencieuses aperçues dans le métro, seules et dignes, et que personne n’entendra jamais.

Faisant sentir le poids de cette couleur de peau qui détermine les regards et fait écran à l’être lui-même, Léonora Miano avance qu’elle est affaire de mémoire et d’Histoire, et non de catégorie biologique. Elle en appelle à une transcendance qui évacuerait une binarité constitutive du langage, qui accule à des aberrations et des idées reçues telles que faire une distinction absurde entre un Noir et un Français, et propose notamment le concept d’Afropéanisme pour faire aussi comprendre qu’on peut être Noir et totalement étranger à l’Afrique.

La véracité des propos sonnent d’autant plus que ces voix sont incarnées par de charismatiques comédiennes, notamment Lara Bruhl et Johanna Nizard totalement habitées et envoûtantes, ou Anne-Lise Heimburger jouant admirablement sur les registres de personnages à cran. Atmosphères de rue, de café, bruitages et bande son (Abbey Lincoln, chantre de la communauté noire) donnent du relief à cette émission placée sous la réalisation de Juliette Heymann, durant laquelle Léonora Miano fait résonner sa voix dans une nostalgique et chaude mélopée. 

Diffusion de l’émission L’Atelier fiction le 21 novembre 2012 à 23  h.
Texte publié chez L’Arche Editeur.

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