04 octobre 2012

Sonatas et Partitas de Bach, par la violoniste Isabelle Faust


Véritable sacerdoce que d’aborder les Sonatas et Partitas de Jean-Sébastien Bach dans la vie d’un violoniste, tant cette œuvre, conservant une large part de mystère, atteint une perfection dans l’écriture harmonique et architecturale, et ce malgré les contraintes liées à cet instrument à vocation habituellement mélodique. Isabelle Faust, en un second volet discographique rassemblant les œuvres BWV 1001 à 1003, a tenu à rendre un hommage respectueux à l’œuvre du maître en approfondissant ses recherches interprétatives à la source du manuscrit autographe datant de 1720.

D’emblée, dans l’« Adagio » de la Sonate en Sol mineur, Isabelle Faust imprime une subtilité à son discours, servi par une merveilleuse technique d’archet toute en souplesse dans les accords arpégés, conduisant la ligne d’un legato si pur que l’expressivité se passe de vibrato. Dans la « Fugue », là encore, élégance et finesse priment pour donner du relief à la polyphonie, aux motifs fugués et aux courbes de l’architecture au sein de laquelle les points d’appuis harmoniques sont exploités pour impulser un élan dansant au mouvement. La « Sicilienne » se dote d’un souffle et d’une sereine liberté, le « Presto » est saisissant de légèreté et de fluidité dans les détachés.

La Partita en Si mineur, constituée de mouvements de danses spiritualisées, s’ouvre sur l’« Allemande » dont les inflexions, les rythmes pointés et les reprises ornées colorent l’ensemble avec dignité. Un même souci de variété est apporté aux différentes articulations de détachés de la « Corrente ». Le doux effleurement des cordes teinte les « Doubles » de sonorités respectivement flutées, feutrées, puis timbrées dans le dernier, tandis que le deuxième vaut sa spontanéité à un tempo audacieusement rapide. Le « Tempo di Borea », avec ses prises d’accords mordantes et son caractère enjoué, est emmené avec tenue.

Le « Grave » de la Sonate en la mineur est empreint d’une sobriété majestueuse, avec son thème mélancolique qu’Isabelle Faust, telle en une improvisation inspirée, aborde avec un abandon, un lâcher-prise qui atteint lors des tensions harmoniques à une totale plénitude. Le tempo tout en retenu avec laquelle est entamée la « Fugue » permet de privilégier la mise en relief du sujet et contre-sujet par des variations d’articulations, de jeu d’échos, un travail d’orfèvre au service de la forme dont elle révèle l’ampleur. Tendresse, sentiment de bienveillance règnent dans un « Andante » où la cantilène se déploie librement et inspire une ornementation naturelle, sur une basse continue égrainée dans un mouvement insufflé avec allant. C’est par une humble simplicité que la violoniste clôt l’« Allegro ».

Parfaite maîtrise de jeu tout en élégance, intelligence de l’interprétation pétrie d’humilité, de subtilité et de noblesse, cet enregistrement signé par Isabelle Faust constitue une version somptueuse des Sonatas et Partitas de Bach BWV 1001 à 1003, qui fera date. 

Sortie chez Harmonia Mundi en septembre 2012.

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