19 septembre 2012

Schubert String Quartets, l’ultime quatuor de Franz Schubert par le Cuarteto Casals


A l’aune de ses quinze ans de carrière, le Cuarteto Casals s’attaque à l’ultime chef-d’œuvre pour quatuor à cordes d’un maître en la matière, le compositeur autrichien Franz Schubert, mis en regard d’une œuvre de jeunesse, dans un enregistrement Schubert String Quartets sorti chez Harmonia Mundi.

Avec son Quatuor n° 10 en Mi bémol majeur D. 87 (1813), Franz Schubert n’a que 16 ans lorsqu’il se mesure à cette forme exigeante, n’osant guère encore s’affranchir de la tradition classique dont il hérite. Dès l’Allegro moderato, les Casals démontrent un jeu généreux et contrasté lorsqu’une frêle mélodie au 1er violon se pâme avec délicatesse, accompagnée de basses amples aux sonorités rondes, ou dans le Scherzo avec ses motifs espiègles appogiaturés qui alternent avec une ritournelle mélancolique. L’impression s’accentue dans l’Andante interprété avec une pudeur, une retenue qui confine chez le 1er violon à une sensible ténuité. Le finale évolue, dans un esprit viennois, entre d’élégantes courbes dansantes et des motifs staccatos trépidants.

Mais dans le monumental Quatuor à cordes n° 15 en Sol majeur D. 887 (1826), Schubert pousse ses recherches sur les procédés d’écriture dans leurs derniers retranchements, atteignant une dimension quasi orchestrale. L’Allegro molto moderato déroute tant il traduit un conflit interne entre une atmosphère spectrale, suscitée par les trémolos, et un thème altier, inquiet que de récurrentes explosions de rage emportent, empreintes d’une fièvre stupéfiante. Le thème dansant de l’Andante con moto, dont le violoncelliste exploite les ambiguïtés harmoniques pour infléchir les intentions d’un chant peut-être un peu trop émaillé de glissandos systématiques, se heurte de même à des sections oppressantes de trémolos et de gammes fusées. Le Scherzo et ses déconcertants motifs hirsutes encadrent un Landlër au lyrisme annonçant le « Quintette à cordes », et dont les Casals s’emparent généreusement. Les musiciens se lancent enfin en adoptant un tempo alerte dans un Allegro assai caractérisé par son instabilité.

Soucieux de servir la forme en exploitation les contrastes par un jeu extrêmement ciselé, le Cuarteto Casals sert honorablement cette œuvre aussi ambigüe et provocante qu’est l’ultime quatuor de Franz Schubert, mais davantage de spontanéité, de prise de risque, aurait sans doute rendu plus sensible toute la précarité psychologique qui la traverse sans cesse.
Sortie chez Harmonia Mundi en août 2012.
Sophie Lespiaux © Music Story. Cf. idem la biographie du quatuor.

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