20 mai 2012

Les Variations Diabelli de Beethoven, interprétées par Andreas Staier au pianoforte


Spécialiste du répertoire classique interprété sur instrument d’époque, le pianofortiste Andreas Staier s’attaque aux Variations Diabelli op. 120 (1819-1823), œuvre monumentale pour piano de Ludwig van Beethoven qui fut initiée par le compositeur et éditeur Anton Diabelli. Celui-ci avait passé commande, en 1819, d’une variation unique sur un thème de sa propre composition, à cinquante compositeurs autrichiens issus de l’aristocratie viennoise afin de contribuer à l’édition d’un recueil collectif. En guise d’introduction au cycle beethovenien, Andreas Staier a sélectionné dix variations permettant de prendre la mesure de l’inventivité que des compositeurs peuvent déployer fugacement, à partir de cette courte valse. Ainsi Carl Czerny s’en tient au style de valse viennoise, Joseph Kerzkowsky s’en échappe avec délicatesse, quand Mozart fils en profite pour déployer toute sa virtuosité, et le jeune Franz Liszt s’en empare pour livrer un morceau de bravoure teinté de tragique. Franz Schubert, en mélodiste inspiré, laisse un petit bijou de sensibilité.

Se prenant au jeu avec la démesure et la fierté qui le caractérise, Ludwig van Beethoven ne se contente pas d’une seule variation, mais se lance dans un cycle de trente-trois variations qui restera le dernier chef-d’œuvre pour piano composé par un homme atteint de surdité. Chaque idée y est traitée jusqu’à l’épuisement des ressources harmoniques, ornementales ou rythmiques, subsumée dans un ensemble à l’architecture rigoureuse. Sécheresse majestueuse de la 1ère variation, accords alternés (n° 2), impétuosité fulgurante (n° 4), mordants dissonants au caractère grotesque (n° 9), mysticisme ascétique (n° 20), héroïsme (n° 21), ironie (n° 22), accords plaqués scandés avec brutalité (n° 23)… dépeignent les différentes facettes d’une personnalité complexe. L’émouvante 29ème variation évolue d’un renoncement douloureux à la lumière, la mélodie ornementée de la 31ème préfigure le style d’un Chopin. Le cycle s’achève non pas sur une traditionnelle fugue, placée à la 32ème variation, mais par un menuet dont la clarté marque, après un long périple dans des contrées musicales étonnantes, un retour au classicisme.

Puisant son inspiration à la source du manuscrit autographe, en une démarche érudite, Andreas Staier sert l’approche cérébrale d’un Beethoven à la puissance créative visionnaire, relevant ainsi un défi auquel de rares prédécesseurs se sont risqués. Exploitant de vastes palettes sonores qu’offrent les différentes pédales de l’instrument du facteur autrichien Conrad Graf, le pianofortiste fait une lecture qui estompe l’hermétisme apparent de l’œuvre pour offrir une interprétation musicalement inspirée, incarnée avec ferveur et pureté. 

Sortie le 15 mai 2012 chez Harmonia Mundi. 
Cf. la chronique du disque Mozart: The Last Concertos (2008) par Andreas Staier et le Freiburger Barockorchester.

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