14 avril 2012

Arriaga ̶ Mozart ̶ Schubert : Intuition, un disque du Quatuor Modigliani


« On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans. », écrivait Arthur Rimbaud. A ce même âge furent composés les trois quatuors qui constituent le programme du nouveau disque du quatuor Modigliani, intitulé Intuition (2012). Et c’est peut-être l’insouciance même de la jeunesse qui permit à trois compositeurs aussi précoces que Mozart, Schubert et Arriaga, de s’attaquer à la formation réputée la plus sérieuse, tant l’écriture requiert d’exigence, du quatuor à cordes. Spontanéité, inventivité et jeux de contrastes caractérisent semblablement leur tempérament respectif.  

La sensibilité lumineuse du jeune Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) se révèle dans le Quatuor en Si bémol majeur K. 159 (1773), issu du cycle « milanais ». S’ouvrant par un Andante dont l’élégance tient à l’art de la respiration, il se poursuit avec un Allegro douloureux, et s’achève par une gavotte gracieuse où ingénuité et pessimisme s’alternent avec une aisance typiquement mozartienne. Inspiré par le Quatuor des Dissonances de ce dernier, le Quatuor D. 46 de Franz Schubert (1797-1828)  manifeste déjà un style tragique qui s’exacerbera dans ses chefs-d’œuvre ultérieurs. Exploitant les potentialités narratives de la forme, l’Allegro épique est introduit par un Adagio funèbre interprété senza vibrato, où les frottements harmoniques amers sont générés par un fugato de lignes chromatiques descendantes. L’Andante, marqué par une candeur initiale, ne peut se départir d’un pathétisme souligné d’un effet pesante, le Menuetto d’une inquiétude contenue. L’Allegro final, dans l’esprit d’une polka, démontre une espièglerie jubilatoire, parfois virile.

Si le génie de ces deux compositeurs autrichiens a pu s’épanouir malgré leur courte vie, l’indéniable talent de l’Espagnol Juan Crisóstomo de Arriaga (1806-1826), fauché par la tuberculose à 20 ans, n’aura pu éclore véritablement, mais son Quatuor n° 3 en Mi bémol majeur permet d’en prendre la mesure. D’esthétique classique, l’Allegro monothématique accueille une variété d’émotions suggérant son impétueuse inventivité. L’atmosphère tendre de la Pastorale est assombrie par le passage d’un orage figuré par de fiévreux trémolos, de même que l’esprit viennois du thème du finale Presto agitato cède à une irrésistible fébrilité.

L’initiative du Quatuor Modigliani de mettre en regard ces œuvres peu connues, mais touchantes, est à saluer, d’autant que ce jeune ensemble de musiciens français démontre un soin méticuleux des articulations qui fait ressortir leur clarté formelle, tout en révélant leur fraîcheur.


Sortie chez Harmonia Mundi le 17 avril 2012.
Sophie Lespiaux © Music Story.

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