13 février 2012

Clair de lune, un disque Debussy par Natalie Dessay et Philippe Cassard


Pour un premier disque en récital chant-piano, intitulé Clair de lune, la soprano Natalie Dessay, sous l’égide du pianiste Philippe Cassard, légataire de quatre pièces inédites donnant prétexte au projet, choisit de mettre en lumière une facette méconnue de Claude Debussy. Jeune homme amoureux alors âgé de 19 ans, le compositeur livra un recueil de mélodies (complété sur l’enregistrement par d’autres œuvres de jeunesse) inspirées par la beauté de sa muse Marie Vasnier, une femme mariée de douze ans son aînée, une chanteuse dont il s’était épris.
Avec le poème liminaire de Banville « Nuit d’étoiles », le disque s’ouvre sur un univers de tendresse qui se prolonge jusqu’au grand poème lyrique La Damoiselle élue, interprété avec Karine Deshayes et le Jeune Chœur de Paris. Au gré des pièces, Natalie Dessay, soutenue par les impulsions expressives et gracieuses de l’accompagnement, révèle la fraîcheur des atmosphères verlainiennes de « Clair de lune » et « En sourdine », ou campe une « Pantomime » et un « Pierrot » espiègles. Sa souplesse vocale sert admirablement les mélodies virtuoses de « Fête galante » de Banville, des « Elfes » de Leconte de Lisle, du chatoyant « Rondel chinois » et de « Flots, palmes, sables ». L’affectueuse mélancolie animée d’un souffle de lyrisme des « Regrets » de Paul Bourget fait écho à la plénitude de l’extase d’une « Romance (L’âme évaporée) », et à la suavité des « Cloches ». La remarquable variété de discours d’« Apparition » de Stéphane Mallarmé s’achève dans un murmure au timbre voilé d’une infinie délicatesse.
Loin des traditionnelles lectures éthérées, cette interprétation charnelle et sensible, rehaussée d’une spontanéité toute théâtrale, rend justice à la musique d’un Debussy qui conférait à ces poèmes symbolistes une étonnante volupté.

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